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Résumé
La question, philosophique et historique qui est à l’origine de ce travail est la
suivante : comment peut-on concilier l'acte prétendument libre que semble exiger
toute doctrine morale fondée sur la notion de rétribution avec un ordre des choses
déterminé par une causalité universelle. Or, dans la philosophie platonicienne
d'époque tardive – que nous appelons néoplatonisme –, la question de la liberté
humaine s'inscrit dans un système philosophique qui se présente comme un monisme
radical, où tout ce qui participe d'une quelconque façon à l'être dépend d'un principe
premier unique.
Le présent travail est essentiellement consacré à la philosophie de Proclus,
philosophe grec platonicien du Ve s. ap. J.-C., païen dans un monde officiellement
chrétien ; et cela pour deux raisons, l'une dogmatique ou systématique, l'autre plutôt
contingente ; la première, parce que le Diadoque construit, dans la tradition
platonicienne, le type de monisme radical que nous cherchions, et qu'il le fait sur un
mode principalement rationnel. La seconde raison est liée à la conservation des
oeuvres, en particulier d'un opuscule traitant spécifiquement de la question de la
liberté, dont le titre peut se traduire ainsi: “Sur la providence, la fatalité et ce qui
dépend de nous” (Περὶ προνοίας καὶ εἱµαρµένης καὶ τοῦ ἐφ᾿ ἡµῖν, en abrégé, De
providentia). Le hasard de la transmission des textes a voulu que cet ouvrage nous
parvienne dans une traduction latine médiévale due au dominicain flamand Guillaume
de Moerbeke au XIIIe siècle. La littéralité de cette traduction en rend la lecture
difficile, souvent incertaine ; en effet, un mot grec est généralement traduit par un mot
latin, d’une façon qui peut paraître assez mécanique. Nous avons entrepris la
rétroversion partielle du texte latin en grec pour tous les passages que nous discutons,
avec leur contexte. Ce travail figure dans un “dossier philologique” comprenant les
rétroversions accompagnées de justifications.
La partie historique et philosophique se développe selon un plan qui part de
questions plutôt logiques : il convenait en effet d'aborder des problèmes relatifs aux
modalités, en particulier le nécessaire et le contingent, et montrer que le contingent
n’est pas un vain mot ; il fallait s'arrêter ensuite à la physique où ces modalités
trouvent leur expression dans le monde objectif ; examiner la notion d’heimarménè
ou fatalité, dont l’origine stoïcienne risque d’imposer une lecture déterministe du
sensible ; or, la distinction hiérarchique qu’opère le néoplatonisme entre la fatalité et
la providence divine assure à la téléologie sa détermination par le bien. Ensuite, il
s'agissait de passer à la psychologie où les questions relatives à la liberté ont leur lieu
propre et à partir de quoi elles trouvent leur sens ; le statut ontologique de l’âme,
substance intermédiaire entre l’intelligible et le sensible, fait de celle-ci une réalité