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14



VOUS

FAMILLE

Outre les escalades de grues et
églises, le mouvement pour la mise
en place de la garde alternée
systématique se poursuit dimanche
avec une manifestation à Paris.

Droitdegarde:
pourlemeilleur
etpourlepère
Par ANNE­CLAIRE GENTHIALON

tions, un tas de petits collectifs sont
apparus, tandis que chez le vétéran
es banderoles sont prêtes. Gré- SOS Papa «les permanences ne désemgory Desplanques, 35 ans, a plissent pas» et les adhésions s’envotagué dessus en rouge : «Sasha, lent: 700 de plus depuis janvier. «Quand
Papa était là !» à
ça sature, ça sature !» gronde
grand renfort de cœurs et de
RÉCIT Philippe Veysset, porte-parole
«papa=maman». Séparé depuis
du collectif la Grue jaune, fondé
quatre mois de son fils de 21 mois, ce dans la foulée de l’épisode nantais et fépère a obtenu le «tarif préférentiel», dérant une vingtaine d’associations. «Il
comme il dit, pour son droit de visite. y a depuis longtemps un océan de souf«Deux week-ends par mois et la moitié frances», lance le porte-parole.
des vacances, soupire-t-il. Le jugement
rendu n’a pas tenu compte de mes dispo- FRUSTRANT. Enjeu de leur bataille :
nibilités : je travaille les samedis, ce qui la résidence alternée systématique,
fait que je vois mon fils uniquement le en remplacement du frustrant «un
dimanche.»
week-end sur deux». «La garde alternée
Alors, parce qu’il estime «qu’un arbre date de 2002 : cette loi a créé beaucoup
ne grandit pas avec une seule racine» et d’espoir puis, très vite, beaucoup de dépour que «le gouvernement ouvre enfin ceptions. Toutes ces actions de papas ne
les yeux sur la situation des pères», Gré- sont que la partie visible de l’iceberg, ils
gory Desplanques manifestera diman- en ont assez», dit Jean Latizeau, le préche à Paris à l’appel du Collectif pour la sident de SOS Papa.
coparentalité (CopCo), avec une cen- De fait, si elle gagne du terrain, la résitaine d’autres pères en mal de garde, dence alternée est loin d’être la solution
pour tonner: «En avant, le droit de l’en- favorite des juges. En 2010, selon
fant à ses deux parents !»
les statistiques du ministère de la Justice, seuls 20% des enfants étaient en garde al«Le jugement n’a pas tenu compte
ternée alors que, dans
de mes disponibilités: je travaille
7 cas sur 10, l’enfant est
les samedis, ce qui fait que je vois
confié à sa mère. Mais de
mon fils uniquement le dimanche.»
là à dénoncer un «papartheid», comme le font
Grégory Desplanques père d’un fils de 21 mois
certaines associations ?
Encore des pères qui vocifèrent? Le fait Mieux vaut raison garder. Dans 80%
est que, depuis la première ascension de des cas, c’est le couple, dont le père,
grue médiatique à Nantes en février, la qui a décidé d’un commun accord
grogne ne mollit pas. Tout au long de de fixer la résidence principale de
l’été, des pères ont continué à se per- l’enfant chez la mère.
cher. Prenant d’assaut tout ce qui pou- N’empêche, la revendication est là. Et
vait s’escalader : des grues, mais aussi elle est déjà entre les mains du gouverdes cathédrales, des basiliques, des py- nement qui, après le premier coup de
lônes ou des cheminées. Une gazette sur grue, a mis en place un groupe de travail
Internet tient même le compte de toutes sur la «coparentalité» qui s’est à nouces «actions pour la coparentalité» en veau réuni vendredi. Aux manettes,
cours ou à venir. Du côté des associa- la ministre de la Justice, Christiane

S

LIBÉRATION MERCREDI 11 SEPTEMBRE 2013

LIBÉRATION MERCREDI 11 SEPTEMBRE 2013

PHOTO JEAN­SÉBASTIEN
EVRARD.AFP

Taubira, et celle de la Famille, Dominique Bertinotti, qui l’affirme : «On ne
peut pas vouloir l’égalité femme-homme,
et en même temps ne pas entendre les pères
qui entendent assumer à part égale leurs
responsabilités de parent.» Soit. Mais la
ministre prône davantage «un renforcement du dispositif de médiation entre les
parents» qu’une garde alternée automatique : «Même si elle devenait la règle de
base, elle ne réglerait pas l’impossibilité de
deux parents de trouver un accord.»
DUBITATIFS. Du coup, le groupe de travail sur la coparentalité n’éveille que
peu d’enthousiasme, même chez les associations conviées. «Depuis la première
réunion, en juillet, nous sommes assez dubitatifs, assure Jean Latizeau. Et le mouvement des pères pourrait perdurer.»
Voire se radicaliser.«Le groupe de travail
qui doit élaborer un projet de loi, c’est de
la poudre aux yeux !» balaie Philippe
Veysset, qui soutient –sans les organiser– toutes les actions symboliques de
pères en colère. Plus ou moins violentes. «Même s’il est vrai que beaucoup de
pères sont privés de leur enfant, il n’y a
pas que des oies blanches dans les mouvements. Pour certains, la privation de
leur droit de garde est justifiée, épingle
Gérard Révérend de l’association Les
Papas=Les Mamans, qui prône de dépassionner un débat dans lequel les
mots comme «aliénation parentale»,
«calomnie», «perversion» ou «exclusion» sentent la poudre. •

REPÈRES

10%

des enfants ne voient plus leur
père après la séparation de
leurs parents, selon l’Ined (19%
si l’enfant a entre 18 et 21 ans et
32% s’il a entre 30 et 34 ans).
La loi du 4 mars 2002 relative
à l’autorité parentale a créé
la possibilité d’une double
domiciliation de l’enfant chez
chacun de ses parents ainsi
qu’un partage plus égalitaire
des responsabilités éducatives,
en dépit de la séparation.

72,1%
des divorces se terminent par
une garde des enfants accor­
dée à la mère. Seuls 20% des
enfants de parents divorcés
sont en garde alternée.



SUR NEXT.
LIBÉRATION.FR

«Dis­moi la taille de tes rou­
bignoles je te dirai quel père
tu es.» Selon une étude amé­
ricaine, le sentiment de
paternité serait inversement
proportionnel à la taille des
testicules.



15

Le sociologue François de Singly analyse
la situation des pères séparés:

«Il s’agit
de revendications
égalitaires»
L
e mouvement des
pères en colère
est-il justifié ou
est-il à juste titre étrillé
par des féministes et
taxé par certain(e)s de
masculinisme? Analyse
avec François de Singly,
sociologue spécialiste de la famille,
professeur à l’université Paris-Descartes (1).
Pourquoi une telle effusion de pères
séparés depuis le printemps?
La réponse n’est pas simple car ce
mouvement est très désorganisé.
Certains mettent en avant la montée
d’une frange masculiniste plus radicale, et certains masculinistes en
profitent pour se mettre en avant.
Mais on ne peut pas prendre les dérives comme seuls indicateurs d’un
mouvement. Il s’agit avant tout
d’un mouvement de pères, plus que
d’un mouvement de défense des
hommes. D’ailleurs, penser que réclamer de s’occuper plus de ses enfants renforcerait la domination
masculine est une aberration absolue. Il me semble surtout que nous
avons affaire à des pères qui veulent
devenir des parents comme les
autres, qui veulent des droits
comme la garde alternée systématique. Il s’agit de revendications
égalitaires. Pour moi, c’est un mouvement qui va dans le bon sens,
dans l’intérêt de l’enfant. Et je
trouve triste qu’il ne soit pas récupéré par les féministes.
Jouer le spectaculaire en montant
– entre autres – sur des grues,
n’est-ce pas contre-productif?
Cela permet de faire parler de soi et
c’est habile car on est difficilement
délogeable à cette altitude! Sérieusement, le symbole est mal choisi de
prendre de la hauteur quand on réclame plus de proximité avec son
ou ses enfants. Je ne sais pas si ces
mouvements dureront, mais la
question de la redéfinition des droits
des pères va sans cesse resurgir.
Pourquoi?
Je crois qu’elle est devenue audible
après des années de surdité. Pendant des décennies, en gros depuis
l’apparition de la première association de pères dans les années 70, les
revendications paternelles n’ont pas
été prises au sérieux. Pourtant,
dès 1975, le divorce par consentement mutuel a entraîné un changement dans le statut des couples,
sans que la question du père ne soit
abordée. De même, l’émergence des
«nouveaux pères» souhaitant s’occuper de leurs enfants dans les années 80 a été prise à la légère. Il a
fallu attendre les années 90-95
pour prendre la mesure, par le
DR

En février, un père
a protesté trois
jours sur une grue,
à Nantes, contre
la suppression de
son droit de visite.

VOUS

prisme des divorces, de la
signification de la transformation de l’autorité
paternelle en autorité parentale. En filigrane, le
modèle du père qui existait par sa fonction
d’autorité et son rôle de
pourvoyeur de revenus s’est
émoussé. L’autorité est devenue
proximité. Et c’est une évolution
importante. Quant au rôle de pourvoyeur de revenus, il a cessé d’être
le monopole de l’homme.
Les pères sont-ils aujourd’hui à ce
point maltraités?
La question de l’égalité face à l’enfant se pose avec acuité après le
divorce. Il faudrait que la garde alternée soit plus systématique. Pour
que ceux qui la souhaitent l’obtiennent, et pour pousser les autres à s’y
mettre. Cette question devrait aussi
être posée pour tous les pères, avant
même une séparation. Ils doivent
s’occuper, par alternance, de leur
enfant. Ce n’est pas un choix, c’est
une nécessité. Un enfant a besoin de
proximité et d’accompagnement :
de care. Sinon le père reste abstrait.
Ce rôle de care était jusque-là dévolu aux femmes. Pourtant, il n’est
pas sexué.
Qu’est-ce qui bloque tant?
Il y a encore une tension dans notre
société entre l’idée que l’on se
fait des parents, qui sous-entend
que tous les deux sont impliqués
totalement dans l’éducation de
l’enfant, et la persistance d’une très
forte définition sexuée des rôles
parentaux, mais cela doit évoluer.
Si les pères s’engagent dans une
lutte générale pour la famille, dans
un mouvement de défense pour la
proximité des deux parents sans
sexuer les rôles, comme dans les
familles homoparentales, ils seront gagnants. Les mères et les
enfants aussi !
Est-ce que ce ne sont pas plus les
hommes en général que les pères
en particulier qui ont changé?
Ce modèle de proximité relationnelle avec son enfant, d’attention à
autrui, cette capacité à parler de soi
est un moteur de transformation
des hommes. C’est la définition
même de l’homme qui change. Et
pas un signe de crise de la masculinité. Les femmes bousculent les
hommes dans le monde professionnel. Les hommes arrivent dans le
monde familial et ça bouscule les
femmes. Nous assistons à une reformulation des définitions.
Recueilli par A.-C.G.
et CATHERINE MALLAVAL

(1) Il est l’auteur –entre autres–
de «En famille à Paris», A. Colin, 2012.


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