PDF Archive

Easily share your PDF documents with your contacts, on the Web and Social Networks.

Share a file Manage my documents Convert Recover PDF Search Help Contact



MEDIAPART Likoud Hamas, la guerre des monstres .pdf



Original filename: MEDIAPART - Likoud Hamas, la guerre des monstres.pdf
Title: Likoud-Hamas: la guerre des monstres
Author: Par François Bonnet

This PDF 1.4 document has been generated by / Apache FOP Version 1.0, and has been sent on pdf-archive.com on 17/07/2014 at 17:35, from IP address 78.250.x.x. The current document download page has been viewed 896 times.
File size: 98 KB (4 pages).
Privacy: public file




Download original PDF file









Document preview


1

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

Il n'est pas plus question pour le Hamas d'engager
la grande bataille finale contre Israël. Ses objectifs
sont autrement pragmatiques : s'imposer comme le
seul acteur politique à Gaza, au moment où le
Djihad islamique le concurrence ; ressouder l'opinion
palestinienne quand sa popularité est en chute libre à
Gaza et quand il a dû, largement contraint, rejoindre
un gouvernement palestinien d'union nationale avec
son ennemi juré, le Fatah ; obtenir de l’Égypte la
réouverture de la frontière à Rafah, voire de certains
tunnels d'approvisionnement.

Likoud-Hamas: la guerre des monstres
PAR FRANÇOIS BONNET
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 17 JUILLET 2014

Après un raid sur le centre de la bande de Gaza, le 13 juillet. © Reuters

Depuis quinze ans, la droite israélienne et les
radicaux islamistes se nourrissent l'un de l'autre.
Cette quatrième guerre de Gaza en huit ans n'est
que la somme des calculs politiques des deux camps
pour se renforcer ou se maintenir. Au détriment des
populations et de toute perspective d'un accord de paix.
Israël conforte ainsi un peu plus sa suprématie.

Après un raid sur le centre de la bande de Gaza, le 13 juillet. © Reuters

Peu ou prou, les objectifs de la droite israélienne et
du mouvement radical islamiste étaient les mêmes…
en 2006, en 2008/2009 et en 2012, lors des conflits
précédents. Et chacun de ces objectifs avaient
été atteints, confortant radicaux et extrémistes des
deux camps comme acteurs quasi exclusifs de la
scène régionale. Succès de Netanyahou : la gauche
israélienne n'a, de fait, plus de représentation politique
depuis de longues années. Et lui-même apparaît
désormais comme le « modéré » face à une extrême
droite voulant frapper plus fort encore ! Succès du
Hamas : l'Autorité palestinienne est un mort-vivant,
tout comme son président Mahmoud Abbas. Au
passage, la solution « des deux États », vivant en paix
dans des frontières reconnues, n'est plus qu'un mantra
ânonné dans les chancelleries occidentales sans que
personne n'y croie.

L'un n'a pas d'avenir sans l'autre, et inversement. La
droite israélienne du Likoud et le Hamas palestinien
se montrent une fois de plus face à face dans le
fracas des armes. Ils sont en réalité côte à côte,
avides d'engranger les bénéfices politiques de la fureur
guerrière qu'ils ont déclenchée sur la bande de Gaza.
Cette nouvelle guerre, la quatrième en huit ans, vient
encore une fois souligner les nouveaux rythmes du
conflit israélo-palestinien. Il faut tous les deux ans
environ un conflit, dans lequel chacune des deux
parties – droite israélienne et radicaux palestiniens –
vient se régénérer et regagner la légitimité entamée ou
perdue durant la période précédente.
Il n'est nullement question dans cette affaire de
la sécurité d'Israël, n'en déplaise à Benjamin
Netanyahou. Ses objectifs sont autres : ressouder
la coalition gouvernementale instable qu'il a dû
construire l'an dernier avec l'extrême droite radicale ;
empêcher tout réveil de négociations de paix, mises
en échec il y a deux mois malgré l'activisme de
John Kerry ; démontrer l'écrasante supériorité militaire
israélienne à un moment où les États-Unis continuent
d'explorer les voies d'une normalisation avec l'Iran.

Dès lors, les appels « à la retenue » ou à un cessezle-feu de la communauté internationale sont autant
de paroles creuses, tant ces deux partenaires ont –
pour l'instant – des intérêts vitaux à défendre : c'est
l'ampleur des gains politiques réalisés dans chacun
des camps qui décidera du moment du prochain
cessez-le-feu. Dans une récente tribune à Mediapart,
Leïla Seurat, chercheuse associée au Ceri, soulignait

1/4

2

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

la « convergence d'intérêts » des deux forces (son
texte est à lire ici). Tant pis pour la population
israélienne, visée par les tirs depuis la bande de Gaza
de plus d'un millier de roquettes et missiles en moins
d'une semaine. Tant pis pour les Palestiniens de Gaza
victimes des bombardements israéliens : 207 avaient
été tués au matin du 16 juillet, tandis que 1 250 étaient
blessés.

Sharon. Sharon avait immédiatement compris tous
les bénéfices qu'il pouvait tirer du Hamas pour
marginaliser Yasser Arafat (qu'il déclarait « hors
jeu » dès décembre 2001), le Fatah et l'Autorité
palestinienne. Il n'avait eu de cesse de favoriser
indirectement la montée en puissance du mouvement
radical, y voyant le plus efficace des leviers
pour fracturer le mouvement national palestinien
et décrédibiliser les négociations de paix toujours
voulues par les États-Unis.

Mais ces intérêts bien partagés sur fond de cynisme
meurtrier et de prise en otage de populations civiles ne
suffisent pas pour autant à renvoyer dos à dos les deux
protagonistes. Car la droite israélienne, au pouvoir
depuis quinze ans (Ariel Sharon puis Ehud Olmert
et Benjamin Netanyouh aujourd'hui), a su construire
avec une remarquable cohérence une stratégie qui met
aujourd'hui Israël en situation de toute-puissance, donc
de pleine responsabilité.

Le retrait complet d'Israël de la bande de Gaza en
2005 fut également pensé en termes très politiques
par Sharon : il connaissait parfaitement le poids du
Hamas dans ce territoire et savait ainsi que deux
pouvoirs palestiniens rivaux allaient très vite émerger,
l'un à Ramallah, l'autre à Gaza. L'entreprise israélienne
de destruction systématique des services de sécurité
palestiniens, la transformation de la Cisjordanie en
bantoustans quadrillés de centaines de check points
allaient devenir autant d'arguments brandis par le
Hamas pour disqualifier une Autorité palestinienne
aux mains du Fatah.

Le conflit israélo-palestinien n'est plus le conflit
« asymétrique » si longtemps décrit, où à la
puissance de Tsahal répondaient les intifadas ou les
cycles d'attentats profondément déstabilisateurs des
mouvements palestiniens. Depuis la construction du
Mur en Cisjordanie (la « clôture de sécurité »), la
mise en place d'un bouclier antimissile protégeant des
roquettes gazaouies et le recours intensif aux drones
pour des assassinats ciblés, l'appareil sécuritaire
israélien combinant services et armée est d'une
puissance inégalée, donnant par là-même de très larges
marges de manœuvre au pouvoir politique. C'est très
exactement la démonstration qu'est en train de faire
Israël à Gaza : son armée frappe où elle veut, quand
elle veut, avec l'intensité souhaitée, sans crainte de
véritables et meurtrières représailles.

Tenir le calendrier diplomatique
Les élections législatives palestiniennes de 2006,
emportées par le Hamas, et le coup de force
du mouvement radical prenant le pouvoir à Gaza
en juin 2007, ont été la consécration de cette
politique. Une nouvelle donne était ainsi créée, qui
permet aujourd'hui encore au pouvoir israélien d'aller
répétant : « Pour négocier, il faut un interlocuteur... »
Organisation terroriste, le Hamas ne peut l'être, quant
à l'Autorité palestinienne, son agonie rend impossible
un accord sérieux. Ainsi la boucle est-elle bouclée, et
un statu quo organisé dont Israël est le seul vainqueur.
« Dès lors que les deux parties ne sont pas égales,
la négociation ne peut pas aboutir. Je suis donc
très pessimiste sur le fait que des solutions puissent
être trouvées, autres que des statu quo et de petits
arrangements », expliquait à Mediapart, il y a
quelques jours, le chercheur Jean-François Legrain
(entretien à lire ici). C'est aussi ce que pense
l'Américain Denis Ross, vieux routier des négociations
et un temps conseiller d'Obama : « Aujourd'hui, la

Ariel Sharon. © Reuters

Parallèlement à la construction de cette écrasante
suprématie militaire, Netanyahou n'a eu de cesse de
poursuivre la politique initiée dès 2001 par Ariel

2/4

3

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

perspective de parvenir à un accord de paix qui
résoudrait les questions des frontières, de la sécurité,
des colonies, des réfugiés et de Jérusalem est nulle »
(lire ici son analyse dans leWashington Post). Et c'est
très exactement ce que veulent la droite israélienne et
le mouvement islamiste.

système pénitentiaire américain, c'est-à-dire de « mise
en entrepôt » des Palestiniens jusqu'au moment où
les plus actifs choisiront de s'expatrier : c'est la
politique dite de « transfert sélectif ». Ci-dessous ses
explications :
Retrouvez ici la totalité de notre entretien avec Jeff
Halper
Gaza comme laboratoire et comme terrain de
démonstration de sa toute-puissance militaire : c'est
l'intérêt de ces guerres récurrentes menées par le
pouvoir de Tel Aviv, d'autant plus efficaces qu'en
redonnant une légitimité politique au Hamas, elles
construisent déjà les prochaines… Ces conflits ont une
autre vertu essentielle : tenir d'une main de fer le front
diplomatique. Car le calendrier guerrier est comme de
juste indexé très précisément sur l'état des relations
avec les États-Unis, bien plus accessoirement avec
l'Europe.

Netanyahou entouré de deux responsables de l'armée dans un centre
d'opérations, le 10 juillet. © (ministère israélien de la défense)

Mais demeure le sort de près de deux millions
d'habitants de Gaza. Cette urgence, reconnue par la
communauté internationale, dure depuis… près de
vingt ans et les premiers blocus et interdictions de
circuler dans d'autres territoires imposés par Israël.
Son retrait du territoire palestinien en 2005 n'y change
rien : le pouvoir israélien est toujours considéré au
regard du droit international et des Nations unies
comme l'occupant de Gaza, donc le responsable
premier du sort de sa population. Car s'il a retiré
soldats et colons, le gouvernement israélien continue
de contrôler tous les éléments qui rendent viables
ce territoire : réseau de communication, énergie,
approvisionnement, eaux territoriales et espace aérien.

John Kerry et l'administration Obama sont sortis
humiliés de l'échec cuisant du nouveau cycle
de négociations voulu par Washington. La guerre
vient opportunément contraindre les Américains
à réaffirmer leur soutien à Israël au moment
où l'administration Obama, excédée des vexations
incessantes subies dès le premier mandat, était encline
à prendre du champ et, surtout, à concentrer ses efforts
sur la mise en place d'un nouveau gouvernement
palestinien d'union à même de réanimer la moribonde
Autorité palestinienne.

« Prison à ciel ouvert », comme accusent les
militants de la paix, zone de cantonnement : au-delà
des formules, le blocus imposé depuis des années,
l'interdiction pour les habitants de Gaza de se rendre
en Cisjordanie, la capacité à interrompre échanges
et activité économique (70 % de la population y
dépend de l'aide humanitaire) sont de la responsabilité
première du pouvoir israélien.

[[lire_aussi]]
Le piège a fonctionné et le département d’État n'a
d'autre choix que de soutenir Netanyahou, même s'il
le fait avec réserve et a souligné dès les premiers jours
la nécessité d'une « réponse proportionnée » alors
que les morts civiles se multipliaient. Ce que n'a pas
fait François Hollande (lire ici notre article)… Il est
vrai que la diplomatie française, largement hors jeu
dans ce dossier, est surdéterminée par des enjeux de
politique intérieure. Les déclarations incendiaires du
CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de
France), reçu mardi à l’Élysée, dont les positions sont
de longue date alignées sur celles de l'aile droite du

Dans un récent entretien à Mediapart, l'anthropologue
Jeff Halper, devenue l'une des grandes figures des
partisans israéliens d'un accord de paix, détaillait
ainsi la stratégie de long terme d'Israël : faire de
Gaza le laboratoire de la gestion de la population
palestinienne, en assumant un conflit de longue
durée et de basse intensité. Jeff Halper décrit une
stratégie qu'il appelle « warehousing », inspirée du

3/4

4

Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

Likoud, interdisent au pouvoir français une analyse
lucide de la situation actuelle et une prise de distance
par rapport à la politique voulue par Netanyahou.

aux Palestiniens apparaîtra comme une provocation et
contribuera à mettre en scène encore plus durement
ce conflit que François Hollande dit justement « ne
pas vouloir importer en France ». Son soutien, perçu
comme un appui non pas à Israël mais à l'actuel
pouvoir israélien, rendra la France inaudible auprès
de nombreux partenaires et médiateurs. C'est un autre
succès de Netanyahou. Un de plus.

Cet aveuglement français pourrait coûter cher sur
les plans intérieur et extérieur. L'annonce de la
préfecture de police de Paris, ce mercredi, de
possibles interdictions de manifestations de soutien

Directeur de la publication : Edwy Plenel
Directeur éditorial : François Bonnet
Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS).
Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007.
Capital social : 32 137,60€.
Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des
publications et agences de presse : 1214Y90071.
Conseil d'administration : François Bonnet, Michel Broué, Gérard Cicurel, Laurent Mauduit,
Edwy Plenel (Président), Marie-Hélène Smiéjan, Thierry Wilhelm. Actionnaires directs et
indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit, Edwy
Plenel, Marie-Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société
Doxa, Société des Amis de Mediapart.

4/4

Rédaction et administration : 8 passage Brulon 75012 Paris
Courriel : contact@mediapart.fr
Téléphone : + 33 (0) 1 44 68 99 08
Télécopie : + 33 (0) 1 44 68 01 90
Propriétaire, éditeur, imprimeur et prestataire des services proposés : la Société Editrice
de Mediapart, Société par actions simplifiée au capital de 32 137,60€, immatriculée sous le
numéro 500 631 932 RCS PARIS, dont le siège social est situé au 8 passage Brulon, 75012
Paris.
Abonnement : pour toute information, question ou conseil, le service abonné de Mediapart
peut être contacté par courriel à l’adresse : serviceabonnement@mediapart.fr. Vous pouvez
également adresser vos courriers à Société Editrice de Mediapart, 8 passage Brulon, 75012
Paris.


MEDIAPART - Likoud Hamas, la guerre des monstres.pdf - page 1/4
MEDIAPART - Likoud Hamas, la guerre des monstres.pdf - page 2/4
MEDIAPART - Likoud Hamas, la guerre des monstres.pdf - page 3/4
MEDIAPART - Likoud Hamas, la guerre des monstres.pdf - page 4/4

Related documents


PDF Document mediapart likoud hamas la guerre des monstres
PDF Document liberation 01 08 2014 nicola palarus msf
PDF Document predictioncrime
PDF Document article 452351
PDF Document la tentation du national stalinisme au venezuela
PDF Document police manifestation


Related keywords