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9782210441163 francais1 LDP chapitre4 .pdf


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Title: Français 1re - Livre du professeur - Chapitre 4
Author: Magnard

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Français 1re – Livre du professeur

CHAPITRE 4 – La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation,
du XVIe siècle à nos jours

Repères littéraires
p. 306 (ES/S et Techno) p. 308 (L/ES/S)
Les pages « Repères littéraires » présentent, dans
une perspective diachronique, les genres de l’argumentation mais aussi les auteurs qui ont apporté un
regard nouveau sur la question de l’homme. La lecture de ces pages peut être effectuée avant l’étude
des textes des séquences qui suivent, mais on peut
également l’envisager au fur et à mesure de la
découverte des textes, afin de les situer dans leur
époque et mieux comprendre leur originalité. Les
spécificités de chaque siècle, en relation avec l’histoire littéraire, sont ainsi mises en évidence.

Paragraphes des
Repères littéraires
Aux origines de
l’argumentation :
la rhétorique

PISTES D’EXPLOITATION
Le tableau d’Anicet Gabriel Lemonnier, Le Salon de
madame Geoffrin, peut être mis en relation avec la
séquence intitulée « La question de la femme au
XVIIIe siècle » (p. 349 ES/S et Techno / p. 351 L/ES/S).
Une recherche sur les salons aux XVIIe et XVIIIe
siècles peut être proposée aux élèves.
Les genres évoqués dans ces pages trouvent leur
écho dans les fiches « Outils d’analyse » consacrées aux « Formes de l’argumentation » (p.  446
ES/S et Techno / p. 566 L/ES/S), et aux « Genres de
l’argumentation » (p. 448 ES/S et Techno / p. 568 L/
ES/S). L’université Stendhal-Grenoble 3 et l’équipe
de recherche RARE (Rhétorique de l’Antiquité à la
Révolution) présentent sur leur site des « Glossaires
de rhétorique », intéressants à consulter.

Textes et entrées dans le chapitre
«La question de l’Homme dans l’argumentation, du
XVIe siècle à nos jours»
SÉQUENCE 3 – La question de la femme au xviiie siècle
• Aristophane, L’Assemblée des femmes (p. 363 ES/S et
Techno / p. 365 L/ES/S)
SÉQUENCE 4 – Les passions et l’aspiration au bonheur
• Lucrèce, De rerum natura (p. 386 ES/S et
Techno / p. 388 L/ES/S)
• Sénèque, La Vie heureuse (p. 388 ES/S et
Techno / p. 390 L/ES/S)

Le XVIe siècle : le
siècle des doutes

SÉQUENCE 1 – Le projet de Michel de Montaigne :
les Essais  (p. 309 ES/S et Techno / p. 311 L/ES/S)
(étude d’une œuvre intégrale)

Le XVIIe siècle : le
siècle des moralistes

SÉQUENCE 2 – La justice sociale dans les Fables de La
Fontaine (étude d’une œuvre intégrale) (p. 329 ES/S et
Techno / p. 331 L/ES/S)
SÉQUENCE 4 – Les passions et l’aspiration au bonheur
• Blaise Pascal, Pensées (p. 368 ES/S et Techno / p. 370
L/ES/S)
• Jean de La Bruyère, Les Caractères (p. 370 ES/S et
Techno / p. 372 L/ES/S)
• Charles de Saint-Évremond, Sur les plaisirs (p. 378
ES/S et Techno / p. 380 L/ES/S)
Pistes de lecture – Jean de La Bruyère, Les Caractères
(p. 393 ES/S et Techno / p. 395 L/ES/S)
Corpus bac (Séries générales) – Jean de La Bruyère,
Les Caractères (p. 394 ES/S / p. 396 L/ES/S)

Les différents
genres représentés

Théâtre

Poème didactique
Traité

Essai
Fable

Essai
Maxime – Portrait
Lettre
Maxime – Portrait
Maxime – Portrait

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4 – La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du

Le XVIIIe siècle : le
siècle des Lumières

Le xixe siècle : le
siècle des engagements

Le XXe siècle : le
siècle des remises
en cause

SÉQUENCE 1 – Le projet de Michel de Montaigne :
les Essais
• Voltaire, Dictionnaire philosophique,
« Torture » (p. 318 ES/S et Techno / p. 320 L/ES/S)
SÉQUENCE 3 – La question de la femme au XVIIIe siècle
(p. 349 ES/S et Techno / p. 351 L/ES/S)
SÉQUENCE 4 – Les passions et l’aspiration au bonheur
• Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les
fondements de l’inégalité parmi les hommes (p. 373 ES/S
et Techno / p. 375 L/ES/S)
• Voltaire, Candide (p. 374 ES/S et Techno / p. 376
L/ES/S)
• Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses
(p. 376 ES/S et Techno / p. 378 L/ES/S)
• Germaine de Staël, De l’influence des passions sur le
bonheur de l’individu et des nations (p. 380 ES/S et
Techno / p. 382 L/ES/S)
Pistes de lecture – Montesquieu, Lettres persanes
(p. 393 ES/S et Techno / p. 395 L/ES/S)
Corpus bac (Séries générales) – Voltaire, Micromégas
(p. 395 ES/S / p. 397 L/ES/S)
SÉQUENCE 2 – La justice sociale dans les Fables de La
Fontaine
• Victor Hugo, Discours sur la misère (p. 342 ES/S et
Techno / p. 344 L/ES/S)
SÉQUENCE 3 – La question de la femme au xviiie siècle
• Victor Hugo, Les Misérables (p. 364 ES/S et
Techno / p. 366 L/ES/S)
Corpus bac (Séries technologiques)
– Victor Hugo, Les Contemplations (p. 394 Techno)
– Victor Hugo, Les Misérables (p. 395 et 396 Techno)
SÉQUENCE 1 – Le projet de Michel de Montaigne : les
Essais
• Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (p. 326 ES/S et
Techno / p. 328 L/ES/S)
SÉQUENCE 2 – La justice sociale dans les Fables de La
Fontaine
• Jacques Prévert, « La grasse matinée » (p. 344 ES/S et
Techno / p. 346 L/ES/S)
Séquence 3 – La question de la femme au XVIIIe siècle
• Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe (p. 365 ES/S et
Techno / p. 367 L/ES/S)
SÉQUENCE 4 – Les passions et l’aspiration au bonheur
• Alain, Propos sur le bonheur (p. 382 ES/S et
Techno / p. 384 L/ES/S)
• Jean-Paul Sartre, Les Mouches (p. 384 ES/S et
Techno / p. 386 L/ES/S)
Pistes de lecture – Antoine de Saint-Exupéry,
Le Petit Prince (p. 393 ES/S et Techno / p. 395 L/ES/S)
Corpus bac (Séries générales) – Jacques Sternberg,
188 Contes à régler (p. 396 ES/S / p. 398 L/ES/S)

XVIe

siècle à nos jours –

Dictionnaire
Discours – Essai –
Roman
Discours

Conte philosophique
Roman épistolaire
Traité

Roman épistolaire
Conte philosophique

Discours

Roman

Poésie
Roman

Récit de voyage

Poésie

Essai

Essai
Théâtre
Apologue
Apologue

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Français 1re – Livre du professeur

QUESTIONS
1. Cherchez qui est Philippe, dont le farouche opposant fut Démosthène. Quelle fut la raison de leur
opposition ?
2. Quelle est la signification des mots inventio, dispositio, elocutio, actio et memoria ? Quel sens leur
attribue-t-on en rhétorique ?
3. Quelles sont les différentes parties du discours ?
Comment s’appelle le début ? La fin ?
4. Dans les textes des séquences qui ont pour titre
« Discours », lesquels ont été réellement prononcés ? Comment le voit-on ?
5. Définissez, à grands traits, les principes de la philosophie stoïcienne, en vous aidant de votre livre.
6. Qu’est-ce que l’ethnocentrisme ?
7. Cherchez quels sont les autres auteurs de fables.
En vous référant à l’histoire littéraire, expliquez pourquoi La Fontaine a pris appui sur des œuvres
antiques.
8. Retrouvez les titres des chapitres qui composent
Les Caractères de La Bruyère. Quels aspects de la
condition humaine sont envisagés ?
9. Effectuez une recherche sur le courant janséniste : que représente la grâce pour lui ?
10. Observez le tableau d’Anicet Charles Gabriel
Lemonnier : où se trouve Madame Geoffrin ? Comment ce personnage est-il mis en valeur ? Que nous
révèle ce tableau sur les Salons ?
11. Effectuez une recherche sur l’Affaire Dreyfus.
Pourquoi le texte de Zola est-il désigné sous le titre
« J’Accuse » ?
12. Classez les œuvres de Jean-Paul Sartre selon
les genres auxquels elles appartiennent (philosophie, roman, théâtre). Quel genre vous paraît le plus
efficace pour défendre un point de vue ?
13. Citez les différentes formes d’argumentation que
permettent aujourd’hui les nouvelles technologies.

EXPOSÉS
La guerre et la littérature engagée
L’élève peut prendre appui sur les textes qui figurent
dans le manuel (Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques,
(p. 235 ES/S et Techno / p. 237 L/ES/S) ; Robert Desnos, « Ce Cœur qui haïssait la guerre », (p. 241 ES/S
et Techno / p. 243 L/ES/S) ; Agrippa d’Aubigné, Les
Tragiques, (p.  430 L/ES/S)  ; Voltaire, Dictionnaire
philosophique portatif, (p.  464/476 ES/S et
Techno / p.  584/596 L/ES/S); Voltaire, Candide,
(p.  470 séries technologiques), en particulier sur le
corpus bac, (p. 396 L/ES/S). Parmi tous ces textes,
il est possible de distinguer des argumentations
directes et d’autres indirectes. D’autres passages
connus peuvent être proposés  : Victor Hugo « Discours d’ouverture du Congrès de la paix »  ; Arthur
Rimbaud, « Le Mal »  ; Maupassant « Sur l’eau »  ;
Jacques Prévert, « Chanson dans le sang »  : Boris
Vian, « Le Déserteur », …
Les auteurs, et plus particulièrement les poètes,
peuvent avoir recours à des images frappantes
(comme Agrippa d’Aubigné) ou à l’ironie (dans le cas
de Voltaire). Si certains textes montrent la souffrance
des populations, d’autres, comme celui de Victor
Hugo, insistent sur le coût de la guerre. Tous dénoncent l’absurdité de celle-ci.

L’utopie
Les textes suivants peuvent être employés pour
répondre aux questions sur l’utopie. Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville, (p. 354 ES/S et
Techno / p.  356 L/ES/S)  ; Jean-Jacques Rousseau,
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité
parmi les hommes, (p. 373 ES/S et Techno / p. 375 L/
ES/S)  ; Thomas More, L’Utopie, (p.  414 L/ES/S)  ;
François Rabelais, Gargantua, (p. 436 L/ES/S) ; Platon, La République, (p. 451 ES/S et Techno / p. 571
L/ES/S)  ; Fénelon, Les Aventures de Télémaque,
(p. 495 ES/S et Techno / p. 615 L/ES/S). L’exposition
virtuelle de la BNF sur l’utopie peut également être
consultée avec profit.
L’utopie est un mot composé de deux éléments
grecs : ou, particule négative, et topos, qui désigne
le lieu. Ce nom désigne, à l’origine, une île imaginaire inventée par Thomas More. L’utopie est le lieu
de nulle part. En imaginant le fonctionnement d’une
société où règnent le bonheur, l’abondance, la
concorde entre les habitants, l’auteur délivre le
modèle de société qu’il juge idéal. Ce lieu peut être
situé géographiquement, dans un lieu inaccessible,
ou correspondre à un état ancien de la société
(mythe de l’âge d’or, paradis perdu). Les utopies
peuvent être littéraires ou picturales.

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4 – La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du

XVIe

siècle à nos jours – Séquence 1

Séquence 1
Le projet de Michel de Montaigne : les Essais (1595)

p. 309 (ES/S et Techno)
p. 311 (L/ES/S)

Problématique : Quel est le projet des Essais ? Comment cette œuvre s’inscrit-elle dans le courant
humaniste ? Quelles interrogations Montaigne partage-t-il avec ses lecteurs ?
Éclairages : En faisant de son œuvre l’essai de son entendement dans son œuvre, en examinant, le
monde dans lequel il vit et les hommes qui l’entourent, en doutant du savoir d’hier et d’aujourd’hui, Montaigne s’interroge sur  la condition de l’homme, à travers la sienne. Penseur humaniste, il réfléchit à la
possibilité pour l’homme de se développer dans l’autonomie de la pensée et du jugement moral et fait de
l’éducation la voie à une existence singulière, assumée et lucide.

Texte 1 – « Des Coches »
p. 310 (ES/S et Techno) p. 312 (L/ES/S)

OBJECTIFS ET ENJEUX
– Analyser et évaluer l’argumentaire de chacune
des parties.
– Comprendre le point de vue de Montaigne sur la
question.

LECTURE ANALYTIQUE
La composition de l’extrait
Montaigne en quelques lignes présente cette rencontre dont on ne saura pas quand ni où elle pourrait avoir eu lieu : elle représente davantage le prototype de ces nombreuses rencontres qui ont eu lieu
au fil des pérégrinations, du cabotage des conquérants, « en naviguant le long des côtes » (l.  1). Les
indéfinis « quelques Espagnols » (l. 1-2) « une contrée
fertile » (l.  2) ainsi que l’adjectif « habituelles » (l.  3)
marquent le caractère général d’une rencontre
« type » entre les colons et les Indiens. On peut lire ici
deux mouvements correspondant aux deux temps
de ce dialogue « mis en scène » par Montaigne : le
discours des Espagnols pour commencer, « leurs
déclarations habituelles » (l.  3) qui s’étend sur une
dizaine de lignes (l.  3 à 11) ; puis la réponse des
Indiens est développée plus longuement (l. 11-31).
Ce sont les Indiens qui ont le dernier mot dans cet
échange qui privilégie de ce fait leur discours.

Le dialogue
Les « déclarations » des Espagnols adressées aux
Indiens sont avant tous des exigences et des
demandes  qu’ils justifient en référence à des droits
affichés comme légitimes. Envoyés par le roi le plus
puissant du monde, ils se présentent comme les
détenteurs du pouvoir sur tout le continent au nom
du double pouvoir reconnu dans l’occident du XVe
siècle : le pouvoir temporel du roi et le pouvoir spirituel de Dieu délégué au Pape. C’est donc au nom
des puissances du monde qu’ils formulent leurs

demandes. D’abord générales, « être tributaires » (l.67) c’est-à-dire leur payer des impôts, elles se précisent avec ce qui est nécessaire aux Colons, « des
vivres » mais aussi de l’or. Chaque demande est
assortie d’arguments ou de justifications qui ne se
situent pas nécessairement sur le même plan : payer
des impôts pour être bien traité, c’est reconnaître la
supériorité de l’autre, donner des vivres pour de la
nourriture c’est une tautologie qui ne justifie pas la
requête. La demande d’or est assez curieusement
destinée à un « médicament » (l. 9), ce qui ressemblerait assez à un mensonge. Enfin, les Espagnols inscrivent la conquête dans un projet de christianisation
des peuples rencontrés. La religion est alors dite
« vraie » ce qui n’autorise donc pas la discussion.
Quelques mots en discours narrativisé « ajoutant
quelques menaces » (l.  11) servent de conclusion à
ces « déclarations ». Le discours des Indiens va
consister à réfuter systématiquement la sincérité, la
légitimité, la logique même des déclarations des
Espagnols en les reprenant terme à terme au rythme
de l’anaphore de la locution « quant à » qui souligne
chaque réponse. Au droit du plus fort, les Indiens
vont opposer la logique prenant au pied de la lettre
les propos des Espagnols pour montrer qu’elles
conduisent à des contradictions : on ne peut se dire
pacifique lorsque l’on est en armes ; on ne peut se
dire puissant quand on est dans le dénuement
« puisqu’il demandait, il devait être indigent » (l. 13) et
enfin on ne peut donner ce que l’on ne possède pas.
Les deux réponses suivantes se situent sur un plan
différent : les Indiens acceptent de donner sans rechigner des vivres et de l’or, du moins dans la proportion
de ce dont ils n’ont pas besoin. Et s’ils se montrent
enfin intéressés par le Dieu unique dont on leur parle,
par fidélité ils déclarent préférer les leurs. La raison et
la logique sont à nouveau convoquées pour signaler
combien il est peu raisonnable de menacer des gens
dont on ignore la puissance, montrant qu’à la force
on peut toujours répondre par la force  : « qu’ils se
dépêchassent – et promptement – de quitter leur
pays » (l.  27-28). Cette réponse est parallèle à la
menace qui conclut le discours des Espagnols mais
elle est fondée sur la raison et non sur la force.

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Français 1re – Livre du professeur

Une mise en scène de la rencontre
Dès la première ligne, le mot « mines » indique clairement ce que recherchent les Espagnols : de l’or et
des biens. La dernière phrase le rappelle « les Espagnols ne trouvèrent pas les marchandises qu’ils
cherchaient » (l.  33). Ainsi le seul moteur de la
conquête semble bien être l’avidité et la cupidité. La
déclaration des Espagnols est un discours autoritaire qui n’attend pas de réponse puisque leurs
interlocuteurs n’ont pas la liberté d’accepter ou de
refuser ce qui n’est qu’un coup de force illégitime.
Face à cette attitude des Espagnols, la réponse des
Indiens propose une autre image de leurs valeurs au
travers également de leurs coutumes et comportements. À la soif du lucre, ils opposent leur générosité qui leur fait accepter de donner des vivres et de
l’or à ceux qui en réclament, à la fois parce qu’ils
ont le sens de l’hospitalité et qu’ils sont généreux.
Ils ne tiennent l’or « en nulle estime » (l. 18) ne s’attachant qu’à sa valeur esthétique au service de leurs
dieux, des dieux auxquels ils sont fidèles, ce qui
témoigne aussi de leur piété pour une religion
ancienne signe de l’ancienneté de leur civilisation :
« après s’en être servis si utilement pendant si longtemps » (l.  23-24). D’autres qualités caractérisent
encore ce peuple, le goût pour la vie et le bonheur,
le sens de l’amitié. Pour autant, ils ne sont pas forcément tels qu’on a pu les peindre, craintifs voire
lâches. Ils ont une justice qui peut se montrer rigoureuse et ils ne craignent pas la confrontation ni le
combat menaçant à leur tour les Espagnols s’ils se
montrent sourds à la raison. Enfin la civilisation de
ce peuple éclate tout au long du texte dans cette
volonté de dialoguer, de raisonner, et ce de façon
convaincante, avant – ou plutôt – que de recourir à
la force. En comparaison, la civilisation des Espagnols paraît fondée sur le seul goût de la richesse,
sur la seule volonté de puissance et l’intolérance
religieuse. Ils méprisent tout ce que pourraient leur
apporter les autres, mis à part la richesse, ce sur
quoi conclut Montaigne en écrivant « ils ne firent
arrêt ni entreprise; quelque autre avantage qu’il y
eût  : témoin mes Cannibales » (l.  34-35). L’adjectif
possessif dit bien de quel côté va la préférence de
Montaigne et l’ironie de l’emploi du mot « cannibale » renforce son jugement qui a pu paraître en
son temps bien paradoxal mais montre de quel côté
se trouve la civilisation.

Synthèse
De toutes les façons possibles, à travers le récit,
dans ses commentaires, en mettant en scène ce
dialogue entre les Espagnols et les Indiens, en donnant à ces derniers le dernier mot, en leur prêtant le
discours le plus raisonnable, Montaigne dénonce la
soif de l’or moteur de la conquête, il démonte le portrait caricaturé d’un peuple qualifié dans le meilleur
des cas de peuple enfant, peuple balbutiant, de
peuple esclave dans le pire.

GRAMMAIRE
On pourra reformuler les propos des Indiens en discours direct en prenant quelques libertés avec le
texte d’origine pour l’éclairer. Vous dites que vous
êtes paisibles mais, si vous l’êtes, cela ne se voit
pas beaucoup ; quant à votre roi il doit être indigent
et nécessiteux puisqu’il réclame des choses  ; et
celui qui vous a distribué nos territoires il doit être un
homme qui aime la dissension pour donner à un
tiers quelque chose qu’il ne possède en créant ainsi
un conflit avec nous, ses anciens possesseurs.

S’ENTRAÎNER À L’ÉCRITURE
D’INVENTION
Les élèves pourront imaginer que les Espagnols
demandent à des indigènes de venir travailler afin de
les aider à installer un premier campement, ou
encore de les conduire vers les endroits où ils
trouvent de l’or.

LECTURE D’IMAGE
La fonction de cette image consiste à informer mais
dans le même temps elle offre un jugement sur les
faits qu’elle évoque : on pourra parler à cet égard,
évoquer sa dénotation et ses connotations. La composition offre un ordre de lecture narratif ou chronologique, du haut à gauche au bas à droite, qui permet de reconstituer l’organisation de l’exploitation
des mines d’or par les Espagnols qui y font travailler
les Indiens. Les Espagnols sont debout, statiques et
armés à l’arrière plan tandis que dans des excavations représentant les mines on voit les Indiens
occupés aux différentes phases de l’extraction et du
traitement du minerai, jusqu’à la scène du premier
plan. Quelques palmiers évoquent l’exotisme du
décor tandis que la tenue et le mobilier des Espagnols représentent au premier plan l’origine européenne des conquérants. Les Indiens sont représentés presque nus dans une représentation ethnocentrique qui les fait ressembler à l’idéal de beauté
des statuaires de l’Antiquité. En mouvement, courbés sous de lourdes charges, ils semblent accablés
par le travail tandis que les Espagnols qui les surveillent et les commandent voient des fortunes
déversées à leurs pieds, un flot d’or qui s’écoule. On
pourra aisément montrer que dans cette représentation, cette mise en scène et en couleur, les Indiens
apparaissent exploités par des conquistadors uniquement intéressés par les richesses, comme l’extrait des Essais qu’elle illustre l’aura déjà montré.

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4 – La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du

Texte écho – Christophe Colomb, Journal de
Bord (1492-1493)
p. 312 (ES/S et Techno) p. 314 (L/ES/S)

OBJECTIFS ET ENJEUX
– Reconstruire le contexte de la découverte du
Nouveau-Monde.
– Distinguer l’orientation argumentative de l’évocation des Indiens par les Européens.

LECTURE ANALYTIQUE
Le regard de Christophe Colomb, l’Européen
Avec cet extrait du Journal de Bord de Colomb, le
lecteur contemporain partage le premier regard
porté sur les Indiens. L’évocation des Indiens se fait
dans un portrait en trois temps. Une première évocation assez précise de leur aspect physique : s’ils
sont « très dépourvus de tout » (l. 10), ils sont surtout
dénués de vêtements ! Cette nudité est aussi celle
des premiers hommes dans le paradis terrestre et la
suite du texte renforce cette ressemblance. Les portraits variés et détaillés sont connotés positivement :
les Indiens sont « jeunes » (l. 12), leurs cheveux sont
« aussi gros que la soie de la queue des chevaux
(l. 13-14) ; ils « se peignent le corps en brun » (l. 16),
et ne sont « ni nègres ni blancs » (l. 17). Cette diversité des couleurs est démultipliée par la diversité
des parties peintes, « le visage » (l.  18), « le corps »
(l. 16), « seulement le tour des yeux » (l. 19). Plus loin,
il dira qu’ils sont « très bien faits » (l. 12-13), avec des
corps harmonieux et de très beaux visages. L’accumulation des détails montre la fascination de
Colomb, étonné par la diversité, la fantaisie des
peintures dont se parent les Indiens. Il offre ainsi une
description édénique et hyperbolique. Il évoque
ensuite leurs armes et par là leur comportement
pacifique  : ce qui caractérise les Indiens c’est leur
ignorance qui ressemble à de l’innocence : ils n’ont
pas d’armes seulement des sagaies et ils ne
connaissent même pas le fer. Toutefois ils se
défendent quand d’autres, plus belliqueux tentent
de les réduire en esclavage. Les échanges entre les
uns et les autres nous montrent de la part des Espagnols une générosité bien mesurée car ils donnent à
« quelques-uns d’entre eux quelques bonnets
rouges » (l. 3-4) mais qui provoquent un « grand plaisir » (l. 5) aux Indiens : ces derniers apportent tout ce
qu’ils possèdent, d’où la diversité de leurs cadeaux :
perroquets, sagaies, coton. Ces présents vairés et
coloriés symbolisent aussi l’exotisme du territoire
découvert. Ils montrent aussi la générosité des
Indiens qui donnent tout « ce qu’ils avaient » (l.  9)
contre des « petites perles de verre et grelots » (l. 8)
et pourtant Colomb a bien précisé qu’ils paraissent
très « dépourvus de tout » (l. 10). Le Journal de Bord
est envoyé aux Rois Catholiques qui ont commandité la flottille de Colomb. Quand Colomb décrit les

XVIe

siècle à nos jours – Séquence 1

Indiens comme des êtres pacifiques qui ne
connaissent pas les armes, qu’ils sont généreux, on
peut imaginer une visée argumentative à son propos. Il s’agit de persuader les souverains que la
conquête sera facile.

Montaigne, lecteur de Christophe Colomb
Montaigne a été un grand lecteur des historiens de
tous les temps et il n’a pu ignorer les propos de
Colomb, le premier à avoir aperçu les habitants du
Nouveau Monde. Comme lui il représente les
Indiens, dans leur apparence, comme des êtres souvent nus ou peu vêtus, simples voire naïfs. Toutefois
Montaigne leur prête aussi sa voix, ses discours et
raisonnements et montre, ce faisant, qu’ils n’ont rien
à envier aux Européens quant à leur intelligence,
logique et culture. Souvent aussi Montaigne les présente comme des victimes de la colonisation et les
plaint, ce que ne fait pas Colomb comme on peut le
lire ici : son admiration n’est pas dénuée de préjugés
ni d’arrières pensées. Quant à sa générosité, elle est
calculée et raisonnable.

Synthèse
Pour répondre, on proposera une opposition entre la
vision d’un peuple à l’état sauvage, en quelque sorte
des enfants ignorants, « très dépourvus de tout » qui
semblent fragiles, vulnérables chez Colomb, en
s’appuyant plus particulièrement sur les réponses
aux questions 1, 3 et 5 et la présentation d’êtres
lucides, habiles à raisonner et à argumenter en
reprenant les réponses aux questions 4, 5, 7 et surtout 8.

Lecture d’image – Théodore de Bry,
La Destruction des Indes (1598)
p. 313 (ES/S et Techno) p. 315 (L/ES/S)

OBJECTIFS ET ENJEUX
– Comprendre la dénonciation que constitue
l’image.
– Lire l’ethnocentrisme de la représentation de ceux
qu’on n’a jamais vus.

LECTURE ANALYTIQUE
Les événements évoqués dans cette page
concernent la conquête du Pérou. Les faits  : en
1532, Pizarre est de retour au Pérou avec 63 cavaliers et 200 fantassins. Deux frères Incas se disputent la succession du chef Inca Huayna Capac qui
a succombé à la variole amenée par les Européens.
Les Espagnols s’engagent dans la montagne en
direction de Cajamarca où se trouve Atahualpa, un
des deux prétendants au trône de l’Inca. Après une
rencontre assez froide entre Indiens et Espagnols
une seconde entrevue est prévue : mais c’est un vrai

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Français 1re – Livre du professeur

piège que l’Espagnol tend à Atahualpa. Dès son arrivée, les Espagnols le rejoignent, tuent un grand
nombre de ses hommes et s’emparent de lui en le
faisant tomber de sa litière. Ils négocient ensuite
avec lui le paiement d’une rançon contre sa liberté.
L’Inca verse une somme supérieure à celle qui était
convenue mais les Espagnols ne tiennent pas leur
promesse et le condamnent à être brûlé vif. Devant
ses protestations, ils consentent à lui appliquer le
supplice du garrot puis ils brûlent son cadavre. On
retrouve dans le dessin qui illustre la page titre la
technique de Théodore de Bry pour représenter les
Espagnols et les Indiens (Cf. p. 311).

Le dessin
L’espace au centre de la page réservé au long titre
de l’ouvrage dont on relèvera qu’il raconte et
dénonce explicitement la conquête, permet de distinguer le texte du dessin. On notera cependant que
le titre semble reposer sur un soubassement qui se
fond à la manière d’un mur, un arrière plan. Texte et
dessin entretiennent des liens très forts. Autour de
l’espace de texte s’organisent plusieurs dessins qui
retracent les événements organisés selon l’ordre
chronologique : de haut à gauche, au centre en bas
on assiste à l’arrestation d’Atahualpa et des deux
côtés aux cortèges des Indiens venant payer sa rançon. Les armes des conquistadors renforcent les
lignes de force du dessin et attirent le regard sur les
représentations de l’Inca. Ligoté mais serein, il paraît
bien calme face à Pizarre et ses lieutenants qui gesticulent et se montrent menaçants. L’importance
accordée à la représentation des vases et objets
précieux souligne à nouveau le désir de richesse et
d’or des conquérants. On retrouve également l’opposition entre ces Espagnols en arme face à des
indiens nus et pacifiques ou du moins très inférieurs
en force. Le point de vue de Théodore de Bry est
semblable à celui de Las Casas dont il épouse la
cause à travers ses dessins. On notera le point de
vue ethnocentriste dans la technique de représentation de l’univers indien, notamment les vases et les
plats précieux représentatifs de l’orfèvrerie européenne. Les corps des Indiens ressemblent aussi à
la statuaire antique source d’inspiration et seul
modèle des artistes de la Renaissance.

Texte 2 – « Des Cannibales »
p. 314 (ES/S et Techno) p. 316 (L/ES/S)

OBJECTIFS ET ENJEUX
– Dévoiler les représentations.
– Repérer l’évolution du rôle de Montaigne, de
témoin à interrogateur.
– Confronter des civilisations.

LECTURE ANALYTIQUE
Montaigne témoin de la rencontre
L’information dont il est question dans cet extrait
peut être résumée ainsi : « Trois d’entre eux […] se
trouvèrent à Rouen au moment où le feu roi Charles
ix y était » (l. 1-6). Le reste de cette longue phrase est
consacré au développement de deux longues propositions, l’une introduite par le participe présent
« ignorant » (l.1) et l’autre par l’adjectif qualificatif
« malheureux » (l. 4), deux mots qui résument le destin des Indiens tel que Montaigne le perçoit, un peu
moins d’une centaine d’années après le début de la
conquête et une quinzaine d’années après avoir
assisté à cette rencontre de Rouen. On estime en
effet que cet Essai a été rédigé vers 1578. Montaigne d’emblée adopte un regard de compassion
sur ces Indiens victimes d’une ignorance qui n’est
pas absence de savoir mais méconnaissance du
Monde ancien, « des corruptions de ce côté-ci de
l’océan » (l. 2), une ignorance qui causera leur perte
irrémédiable « leur ruine (comme je présuppose
qu’elle est déjà avancée) » (l. 3-4) et le malheur, celui
d’avoir perdu leur « quiétude ». Deux mondes s’opposent, « le côté-ci de l’océan », « le nôtre » (l. 5) dit
Montaigne, celui de la tromperie et du vice, et l’autre,
celui des Indiens que caractérise « la douceur de
leur ciel » (l. 5). Montaigne prend ici clairement fait et
cause pour les Indiens. Témoin dans un premier
temps de l’événement, il raconte comment on veut
éblouir les indigènes en leur faisant admirer la beauté
de la ville. En leur demandant ce qui les a le plus
surpris, le roi pose l’implicite que tout, ou du moins
beaucoup de choses, sont surprenantes et admirables. Pour répondre à cette question qui contraint
leur réponse ; les Indiens déplacent le propos grâce
à un subtil distinguo pour s’attacher plutôt à ce qui
leur a semblé « étrange » et donc éloigné d’eux et de
leurs coutumes. Leur étonnement souligne deux
questions fondamentales, celle du pouvoir et celle
de la répartition des richesses. Dans le royaume de
France, le pouvoir de droit divin peut être hérité par
un enfant de dix ans, dans celui des Indiens il est
pris ou reçu par un homme adulte qui a la force de
l’exercer. En prêtant à ses Indiens la langue simple
d’un traducteur, Montaigne renforce les oppositions
« tant d’hommes grands portant la barbe, forts et
armés » (l. 11-12) et un « enfant » (l. 13). La parole des
Indiens devient plus développée et précise quand il
s’agit de dénoncer l’inégalité entre ceux qui sont
« remplis et gorgés de toutes sortes de bonnes
choses » expression qui dénonce l’excès et l’avidité
et s’oppose à la pauvreté des mendiants « « décharnés par la faim et la pauvreté ». Richesse et pauvreté
sont vues de manière réaliste et matérielle. L’étonnement des Indiens va jusqu’à ne pas comprendre
comment de telles inégalités ne conduisent pas les
pauvres à se révolter, comme ils le feraient dans leur
société, transformant l’inégalité en injustice et ren-

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4 – La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation, du

dant ainsi la violence légitime contre cette injustice.
Enfin le langage prêté aux Indiens contribue à opposer leur civilisation et valeurs à celles des Occidentaux : en appelant les hommes « moitié les uns des
autres » (l.  15) comme l’explique Montaigne, ils
posent le principe de l’égalité, d’une relation très
étroite entre les êtres jusqu’à une certaine interdépendance, une solidarité.

Montaigne acteur de l’entretien
Le deuxième paragraphe met en scène Montaigne
qui n’est plus seulement témoin puisqu’il discute
avec l’un des Indiens et non des moindres puisqu’il
s’agit d’un personnage important, peut-être même
un roi, contribuant ainsi à un parallélisme dans les
situations. À nouveau il est intéressant de confronter
les questions posées et les réponses apportées. Les
questions ouvertes de Montaigne peuvent sembler
naïves et superficielles. Les réponses montrent
qu’elles complètent la question déjà abordée du
pouvoir et qu’un nouveau distinguo s’opère : quand
Montaigne s’intéresse aux fruits du pouvoir, le chef
indien répond sur les devoirs du chef qui est de
conduire au combat des milliers d’hommes en prenant leur tête, preuve de courage et d’intelligence
stratégique. Et quand Montaigne s’interroge sur
l’autorité dont peut encore bénéficier un chef en
temps de paix, un nouveau distinguo oriente la
question sur les honneurs que l’on en retire, notamment celui bien modeste de se voir tracer des sentiers pour aller dans les villages. Ainsi le lecteur
peut-il conclure que le chef de guerre doit être
désintéressé, une vertu que les Conquistadors
espagnols ont peu pratiquée.

Le dialogue
Comme on l’a vu, le dialogue n’est pas aisé dans des
langues qui s’ignorent, celles des Indiens étant peu
connues, ce qui explique la difficulté à décrire et
confronter les mœurs et coutumes. Toutefois c’est
aussi l’occasion de révéler, par des périphrases, ce
que l’habitude fait perdre de vue. Mais c’est surtout
l’occasion de mettre en scène et en débat la question
fondamentale de la civilisation, des rapports humains,
du bien et du mal. Montaigne se fait le narrateur d’une
rencontre entre deux univers différents, il intervient
dans le débat par ses commentaires, devient l’un des
interlocuteurs et par là-même participe à l’échange
des points de vue sur l’humanité de l’autre. Ce faisant, il organise et oriente le propos, sélectionne les
sujets abordés, fait résonner des échos, poursuit la
réflexion. Le regard qu’il porte sur ces Indiens croise
celui que les « cannibales » portent sur le monde de
« deçà », l’occident, un monde qui les étonne et les
scandalise. Montaigne utilise cet étonnement comme
révélateur de la relativité des usages, coutumes et
lois européennes voire des principes qui régissent les
sociétés civilisées. Dans cette confrontation, le sauvage, le barbare n’est peut-être pas celui que l’on
nomme ainsi  ! Montaigne a semé le doute. L’ultime

XVIe

siècle à nos jours – Séquence 1

paragraphe et ultime phrase du chapitre peuvent
sembler troublants. L’allusion à la coutume des indigènes d’aller nus semble contredire tout le reste  :
« mais quoi » ! La civilisation serait donc incompatible
avec la nudité ? N’est-ce que sur ce seul critère que
se fonderait tout discours qui interdirait aux dits sauvages d’appartenir à la race humaine ? Cette dernière
pirouette ironique fustige la pauvreté de l’argumentation de ceux qui interdisent aux Indiens et à leurs
sociétés d’être qualifié de civilisés à ce seul titre.

Lecture d’image
Deux mondes s’opposent dans cette toile : l’Europe
et la ville de Barcelone, un monde ordonné et plutôt
statique où sont représentés dans une organisation
hiérarchique les souverains et la cour, le prélat placé
juste derrière les « Rois Catholiques » et derrière, la
foule de ceux qui sont venus assister au triomphe de
Colomb, sur fond de bâtiments qui pourraient être la
cathédrale et/ou un palais. Des marches constituent
un trône qui place en surplomb la partie gauche du
tableau. À droite sont représentés l’explorateur, les
hommes de sa flotte et les Indiens captifs qu’il a
ramenés. Agenouillé et richement vêtu, Colomb fait
la transition entre ces deux univers auxquels il
appartient. Mais derrière lui, c’est le monde de
l’aventure, dynamique et désordonné où figurent
dans une certaine agitation des hommes et des chevaux déchargés d’une embarcation, des soldats et
des Indiens, des hommes nus et des hommes armés
et cuirassés, sur fond de ciel chargé mais largement
ouvert. Les Indiens, dont la peau de certains est foncée mais d’autres plus claire, des hommes et des
femmes, sont à peine vêtus et, si certains témoignent
par leur attitude de respect ou de leur participation à
la rencontre, d’autres au premier plan semblent plus
détachés de l’événement et leur visage ne permet
de déterminer s’ils en sont désolés ou absents.
Cette représentation des Espagnols et des indiens
est assez conforme à ce que Colomb a pu en dire :
les Indiens beaux et pacifiques offrent des perroquets avec la générosité qu’on leur a déjà reconnue.
L’ensemble, une image haute en couleur, oppose
plutôt les deux mondes que sont l’Europe ancienne
et du monde de l’aventure qu’est le Nouveau-Monde
sans pour autant témoigner de la violence de la rencontre, dans une image qui a toutes les caractéristiques du romantisme, ce qui étonnera peu pour une
toile peinte en 1846.

Synthèse
Deux paragraphes et deux dialogues permettent de
croiser les regards, ceux des Français sur les Indiens
qu’ils imaginent ignorants, naïfs et dénués de
culture. Pourtant ces derniers, grâce à leur habileté
rhétorique et un langage qui s’élabore et se développe jusqu’à inverser la situation, offrent au travers
du dialogue une image critique du monde ancien
caractérisé par le seul intérêt et l’injustice.

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Français 1re – Livre du professeur

GRAMMAIRE
On pourra repérer que les temps employés dans le
discours rapporté, le discours indirect, dépendent
du temps du récit, le passé simple des verbes qui
introduisent le dialogue. Les verbes des subordonnées qui transcrivent le discours sont conjugués soit
à l’imparfait de l’indicatif ou du subjonctif en correspondance au présent de l’indicatif ou au présent du
subjonctif, soit au plus-que-parfait pour des énoncés se référant au passé.

S’ENTRAÎNER À LA DISSERTATION
On conseillera aux élèves de relever et commenter
l’usage que fait Montaigne de la confrontation des
discours, des coutumes et des valeurs pour montrer
la relativité des coutumes et ce tout particulièrement
dans les textes 1 et 2 qui en donnent nombre
d’exemples.

Texte 3 – « De la conscience »
p. 316 (ES/S et Techno) p. 318 (L/ES/S)

OBJECTIFS ET ENJEUX
– Lire les étapes de la démonstration au service de
la vérité.
– Relever les outils rhétoriques de la persuasion et
mesurer leur efficacité.

LECTURE ANALYTIQUE
La démonstration au service de l’argumentation
Le premier paragraphe constitue un bel exemple de
ce qui ressemble à une démonstration logique de
l’inefficacité de la torture comme moyen d’investigation de la vérité, dans le cadre d’une procédure judiciaire. Écrit d’un seul jet, ce paragraphe permet de
reconstruire toutes les phases d’un raisonnement
imparable. Il s’agit d’abord d’énoncer la proposition
à défendre et c’est l’objet de la première phrase  :
« dangereuse » (l. 1) la torture ne répond pas à l’exigence de « vérité » (l. 2) qui la fonde, et un distinguo
annonce qu’elle ne peut que révéler « l’endurance »
(l.  2) de celui qui la subit. La démonstration se
déploie ensuite dans la logique binaire d’une alternative  : une double question posée (l.  3-7) en
témoigne que l’on peut reformuler ainsi. Il n’y a
aucune raison pour que la torture conduise à la
vérité, à « avouer ce qui en est » (l. 4) qu’à « dire ce
qui n’est pas » (l. 4-5). Et il n’y a aucune raison que le
coupable avoue davantage que l’innocent. Posée
ainsi, la conclusion de cette alternative conduit à
dire qu’il y a autant de chances de connaître la réalité de la culpabilité ou l’innocence de celui qui est
soumis à la torture, que la vérité est donc aléatoire et

peut être évaluée à une chance sur deux ! Toutefois,
à ce moment de son raisonnement, Montaigne introduit une concession qui fait entendre l’argument des
défenseurs de la torture : la conscience, c’est le titre
de l’Essai d’ailleurs, jouerait un rôle en donnant du
courage à l’innocent et en affaiblissant le coupable.
Mais cette concession est immédiatement réfutée
par l’argument qui évalue l’enjeu qui doit permettre
au coupable de supporter la torture  : il a tout à y
gagner, « une aussi belle récompense que la vie
[sauve] » (l. 6-7). Ainsi la conclusion de cette démonstration s’impose-t-elle dans la dernière phrase du
paragraphe : la torture est un « moyen plein d’incertitude ». Quant au danger, énoncé dans la première
phrase et repris dans cette conclusion, l’idée en sera
développée dans la suite de l’Essai. Ainsi, en s’engageant nettement par l’utilisation de la première
personne, « je pense que le fondement de cette
invention » (l. 7-8), Montaigne, dans ce paragraphe,
développe au service d’un point de vue revendiqué
toute la logique d’un discours qui veut atteindre à la
vérité par la force et l’exactitude de la démonstration.

Dialoguer pour faire changer d’avis, pour
émouvoir
Les « allongeails » de cette démonstration contribuent à développer les moyens rhétoriques mis au
service de la lutte contre la torture. Montaigne s’engage comme on l’a déjà dit et donne aussi la parole
à ceux qui peuvent renforcer son propos, à travers
l’argument d’autorité et la citation d’un moraliste de
l’Antiquité et plus généralement de nations qui l’ont
refusée dans l’Antiquité. Il tente aussi d’emporter
l’adhésion de son lecteur par la question rhétorique
« Que ne dirait-on pas, que ne ferait-on pas pour
échapper à d’aussi pénibles douleurs ? » (l.13-14). Il
convoque à nouveau la logique pour dénoncer
l’aporie, la contradiction que constitue le fait de faire
souffrir puis tuer quelqu’un pour ne pas tuer un innocent ! (l. 19-22) Il dialogue avec ceux qui défendent
la torture et dont il se dissocie en ajoutant l’indéfini
« on » qui les désigne et à qui il répond ensuite « à
mon avis » (l. 30) avec les adverbes qui répètent nettement son point de vue « bien inhumainement et
inutilement pourtant » (l. 29-30). La logique, la rhétorique mais aussi la dimension pathétique sont les
outils que Montaigne met au service de sa dénonciation. La torture est évoquée dans toute sa violence avec les souffrances qu’elle provoque  :
« pénibles douleurs », « innocent et torturé » « horrible
et cruel de torturer et de briser » et le pathétique est
ici convoqué est redoublé par les questions rhétoriques clairement adressées aux partisans de la torture : « N’êtres vous pas injustes vous qui […] faites
pire que de le tuer ? » (l. 36-37).

La morale de l’histoire
L’extrait - et l’Essai 5 du livre II - s’achèvent sur un
court récit illustratif du propos. Le général vérifie la

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