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Title: Liberation_LIBE_20151128_Paris-1
Author: cbou

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Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Novembre 2015

IDÉES/
Flemming Rose «Publier
les caricatures était une façon
de signifier aux musulmans
qu’ils étaient nos égaux»

ANNE­FRANÇOISE HIVERT
Dessin

SYLVIE SERPRIX

L

e 30 septembre 2005, le journal conservateur danois Jyllands Posten publiait douze
caricatures du prophète Mahomet.
Quelques semaines plus tard, le
Moyen-Orient s’embrasait. Alors
chef du service Culture, Flemming
Rose a chapeauté la publication des
dessins. Il vit, depuis, sous protection policière. Son nom figure sur
une liste d’Al-Qaeda de dix personnes à abattre –le onzième, Stéphane
Charbonnier (Charb), a été tué dans
l’attaque contre Charlie Hebdo,
le 7 janvier. Le journal satirique
français avait été l’un des premiers
à reprendre les caricatures de Jyllands Posten, début 2006. Flemming Rose a rencontré plusieurs
fois les dessinateurs et journalistes
de Charlie, qui l’avaient invité à témoigner lors d’un des procès contre
le journal en 2007. Il publie
aujourd’hui, au Danemark, un livre
intitulé Hymne Till Friheden
(«Hymne à la liberté»), où il revient
sur les dix années passées, et s’inquiète des menaces qui pèsent sur
la liberté d’expression en Europe.
Nous l’avons rencontré à la rédaction du journal à Copenhague,
transformée en bunker. Il y dirigeait
le service International, avant d’annoncer son départ fin octobre, sans
raison spécifique. Il souhaite simplement passer à autre chose.
Comment réagissez-vous aux
attentats de Paris ?
En apprenant les attaques à Paris,
j’ai ressenti la même chose que lors
de l’attentat contre Charlie Hebdo:
le choc, mais pas la surprise. Depuis
le 11 Septembre, le monde a assisté
à des milliers et des milliers d’atta-

REUTERS

Recueilli par

ques terroristes commises au nom
de l’islam, donc personne de sensé
ne peut être surpris. Le combat
contre l’islam radical se joue sur plusieurs fronts –en partie par la police,
les services de renseignement et l’armée. Mais même si nous parvenons
à écraser l’Etat islamique, les idées
de l’islam radical continueront
d’inspirer de nouveaux disciples. Il
ne faut pas se laisser abuser. Cela
concerne aussi l’islam. Personne ne
peut nier le fait que l’alcoolisme soit,
d’une façon ou d’une autre, lié à l’alcool. De la même façon, l’islamisme
est impensable sans l’islam, et les
gens qui commettent des actes de
violence au nom de l’islam citent le
Coran et font référence à l’exemple
du prophète Mahomet. C’est un fait,
et cela ne sert à rien de le nier. Mais
il est aussi très important de ne pas
en faire une guerre contre les musulmans. Au Moyen-Orient, ce sont les
premières victimes des atrocités
commises par l’Etat islamique. C’est
aussi très important de faire en sorte
que les musulmans européens aient
le sentiment d’appartenir à notre
communauté. En même temps, il
faut que nous contestions les idées
au sein de l’islam qui justifient la
violence et la discrimination. Nous
devons regagner confiance dans notre propre culture et ses valeurs fondamentales, parmi lesquelles la liberté et l’égalité. Elles ont rendu nos
sociétés attractives à l’extérieur de
l’Europe.
Vous dites souvent que la publication des caricatures était un
projet d’intégration.
Il y a un peu de provocation. Je comprends que les gens trouvent cela

L’ancien chef du service Culture
du «Jyllands Posten» vient de quitter
le journal danois. Dix ans après
la publication des caricatures du
prophète et presque un an après
l’attentat à «Charlie Hebdo», il milite
pour une totale liberté d’expression
dénonçant autant l’autocensure que
les lois interdisant les discours racistes.
étrange. Mais c’est une façon de contrer la version selon laquelle nous attaquions un groupe marginalisé. En
publiant les caricatures du prophète,
nous disions que les musulmans devaient être acceptés ni moins ni plus
que les autres groupes et individus,
religieux ou pas, dans la société danoise. C’était une façon de leur signifier qu’ils étaient nos égaux et que
nous les traitions comme tels.
Dix ans ont passé. Regrettezvous ?
Non. Ce n’était pas ma décision,
mais celle du rédacteur en chef, de
les publier. J’ai mené le projet, qui
coïncidait parfaitement avec ma
conception de la liberté d’expression, de la liberté de religion, de la
tolérance, du traitement des minorités, de la relation entre l’individu et
le groupe, des limites dans une démocratie séculaire. Je n’ai découvert, depuis, aucun élément qui
m’ait fait changer d’avis. Bien sûr,
aucun dessin ne justifie la perte
d’une vie humaine. Mais dire que je
regrette serait envoyer un signal
malheureux à tous ceux qui soutiennent l’assassinat de mes collègues
à Charlie Hebdo et l’attentat à Copenhague. En même temps, si je dis
que je vais continuer pendant
dix ans, les gens penseront que je
suis fou et que je ne réfléchis pas aux
conséquences.
L’attaque contre Charlie Hebdo,
dites-vous, a été un choc, mais
pas une surprise.
Chaque fois que quelque chose arrive à des gens que vous connaissez,
c’est un choc. Surtout dans ce contexte, car nous partagions plus ou
moins le même destin. Tout le

monde au journal a pensé que cela
aurait pu être nous. Il y avait beaucoup d’identification. Les tentatives
d’attaques contre Charlie Hebdo, les
menaces et les intimidations étaient
un cauchemar voué à se reproduire.
En ce sens, ce n’était pas une surprise, mais une conséquence logique des événements en Europe de
ces dix dernières années.
Jyllands Posten a décidé de ne
pas reproduire les dessins de
Charlie Hebdo. Pourquoi ?
Nous avons eu peur. Bien sûr. Le
lendemain, nous avons publié un
éditorial, intitulé «La violence fonctionne». Reproduire les dessins
avait évidemment un sens, que vous
soyez d’accord ou non avec Charlie
Hebdo. Les gens avaient le droit de
voir pourquoi nos collègues avaient
été tués. Cette décision éditoriale
n’était pas basée sur des principes
journalistiques, mais sur des considérations sécuritaires. Je ne la condamnerai pas, parce que je ne suis
pas rédacteur en chef. Je ne sais pas
quelle aurait été ma décision. Ayant
travaillé dans ce journal les dix dernières années, je comprends parfaitement la pression. Nous avons été
victimes de plusieurs attaques avortées. Kurt Westergaard [l’auteur de
la caricature du prophète à la
bombe dans le turban, ndlr] a failli
être tué.
Les extrémistes ont gagné ?
Oui. En tout cas, ils ont gagné cette
bataille. Mais le combat pour la liberté d’expression est une guerre
qui ne s’arrête jamais, pour laquelle
chaque génération doit livrer bataille, et qu’on ne remporte jamais
pour de bon. Car, nous n’avons pas

reçu la liberté d’expression d’en
haut. C’est quelque chose que les
gens au pouvoir et certains groupes
et individus au sein de la société
essaieront toujours de limiter. Je
pense qu’à un moment donné, des
musulmans copieront la tradition
chrétienne et useront de la satire
à l’encontre du prophète. Pas parce
qu’ils renonceront à être musulmans, mais parce qu’ils voudront
exercer leur religion dans un climat
de liberté et non de peur.
Vous dénoncez l’autocensure.
Il y a en Europe une loi non écrite
contre le blasphème. Le seul média
qui était prêt à la défier était Charlie Hebdo. Ils ont été tués pour cela.
Je demande juste à mes collègues
journalistes et éditeurs d’être honnêtes sur leurs motifs. Qu’ils admettent qu’ils ont peur et qu’on les
a suffisamment intimidés pour les
faire taire, au lieu de dire que nous
ne devons pas offenser ou que nous
savons à quoi ces dessins ressemblent. Tous les jours, en Europe, les
journaux publient des choses offensantes. La seule différence, c’est
que les personnes offensées ne menacent pas de les tuer.
La liberté d’expression est en
danger en Europe ?
Je pense que beaucoup de politiciens européens croient que plus
notre société devient multiculturelle et plus les opinions divergent,
moins la liberté d’expression est
nécessaire, afin de préserver la
paix sociale. C’est un paradoxe, et
c’est faux. Au contraire, plus la société se diversifie, plus nous avons
besoin de la liberté d’expression
pour que tous les citoyens aient un
espace où s’exprimer et que la diversité puisse sortir dans l’espace
public. C’est la seule manière
d’avoir un échange libre et de voir
sur quoi nous pouvons ou non
nous accorder. Personnellement,
je ne suis pas prêt à faire de compromis sur la liberté d’expression
ou la liberté de religion. Mais pourquoi pas sur l’habillement ou l’alimentation.
Vous êtes contre les lois criminalisant le négationnisme ou les
propos racistes.
On ne combat pas la haine et les
discours racistes en les interdisant.
C’est une des divergences que j’ai
avec mes amis à Charlie Hebdo, qui
soutiennent les lois françaises utilisées contre Dieudonné. Je pense
que le danger est qu’elles alimentent les théories de la conspiration
chez les jeunes musulmans, en
traitant différemment ce qui est
sensible pour les juifs ou la société
française et ce qui est important
pour les immigrés et les enfants
d’immigrés. On leur donne l’impression d’un double standard.
D’ailleurs, rien dans l’histoire ne
montre que les gens changent
d’opinion parce qu’elles sont interdites. Il faut les confronter, débattre, éduquer. Malheureusement,
peu de gens pensent que la liberté
d’expression est suffisamment importante dans une démocratie pour
combattre ces idées.
N’y a-t-il pas un risque que ces
idées se propagent ?
C’est un manque de confiance en la

Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Novembre 2015

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vérité et dans la valeur des démocraties libérales. La liberté d’expression a fait énormément pour
les minorités au cours de l’histoire.
Tenter de la limiter par des lois
pour protéger certaines minorités,
c’est risquer que ces lois soient détournées pour être utilisées contre
ces minorités. C’est ce que veut
faire Geert Wilders aux Pays-Bas,
en interdisant le Coran et les mosquées s’il est élu, grâce à la loi utilisée contre lui pour l’empêcher de
tenir des propos racistes.
Vous dénoncez l’infantilisation
des peuples en Europe.
L’histoire m’a appris qu’il faut insister sur l’importance du droit
d’offenser et de celui d’être offensé
sans répondre par la violence ou
l’interdiction des propos offensants. C’est le principe de la tolérance et le cadre légal dans lequel
nous échangeons les opinions en
démocratie. Vous pouvez dire ce
que vous voulez, à condition de ne
pas inciter à la violence, et vous
pouvez réagir à une offense, à condition de ne pas interdire les opinions qui divergent des vôtres ou
d’avoir recours à la violence pour
faire taire les autres.
En quoi l’assimilation des propos aux actes est-elle dangereuse ?
J’ai été très surpris, il y a dix ans,
que certains ne puissent pas faire
la différence entre tenir des propos
offensants et tuer ou commettre un
acte de violence physique. L’idée
est répandue dans nos sociétés que
les mots peuvent être aussi offensants que les actes. C’est pourtant
ce qui différencie la dictature de la
démocratie. Dans une dictature, où
la parole est criminalisée au même
titre qu’un acte, on emprisonne les
dissidents. En démocratie, au contraire, la parole est libre. Avant les
Lumières, la critique de la religion,
de Dieu et de l’Eglise était interprétée par les autorités comme une attaque physique. On brûlait les hérétiques et on tuait ceux qui
blasphémaient. Les Lumières ont
introduit une distinction. Je ne dis
pas que nous sommes en train de
devenir des dictatures. Mais, je
m’inquiète de voir que nous réintroduisons une conception qui prévalait au Moyen Age.
Dix ans plus tard, qu’avez-vous
accompli ?
La publication des caricatures n’a
pas créé une nouvelle réalité. Elle
en a révélé une qui existait déjà et
qui est remontée à la surface. Je
pense que la meilleure façon de résoudre nos problèmes est d’en débattre ouvertement. En ce sens,
c’est un succès. La mort de mes
amis et collègues à Charlie Hebdo
est une tragédie, bien sûr. Mais si
cela n’avait pas été les dessins, le
débat se serait concentré sur autre
chose. Une des raisons pour lesquelles, dix ans après, nous parlons
toujours des caricatures, c’est parce
qu’elles incarnent toutes les questions dont nous débattons aujourd’hui: islam, intégration, immigration, minorités, majorité, liberté
d’expression… Ce sont des sujets
essentiels pour les démocraties
multiculturelles. •


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