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arc préhistorique réflexions d raymond 2017 .pdf



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Réflexions sur l'arc préhistorique
Le point des connaissances
(avec ajout de liens numériques)

par Didier Raymond

En 1991 j'avais publié une courte note anecdotique de bibliographie sur l'emploi
de l'arc au paléolithique supérieur qui reprenait l'état des connaissances de ce sujet
(RAYMOND 1991b). Comme cette note qui s'intitulait « L'arc préhistorique a-t-il des
racines à Teyjat ? » avait été publiée dans le bulletin Spéléo-Dordogne du Spéléo-Club
de Périgueux et n'avait bénéficié que d'une faible diffusion, je l'ai mise en ligne
récemment (2015) ce qui m'a permis par la même occasion de diffuser une publication
ancienne (PERRIER DU CARNE 1889) que je possédais et difficile à trouver,
publication qui est d'ailleurs à l'origine de ma note de 91.

Document photo : bison gravé sur un fragment d'os provenant d'une côte (de bovidé ?)
brisée en trois (les deux autres fragments sont également gravés d'un bison)
Grotte de la Mairie Teyjat (Dordogne), fouille Perrier du Carne.
Reproduction photo (détail) d'une héliogravure (PERRIER DU CARNE 1889)
(Collection et photo de l'auteur)

Depuis, la note a été reprise dans un site (www.prehistoweb.fr) et remise en ligne
par un animateur de ce site. Je dois dire également que la visite du site en question qui
traite, entre autres, des techniques primitives de chasse et de la fabrication des outils qui
vont avec, m'a permis de découvrir l'existence d'une thèse fort intéressante dont je
reparlerai plus loin. Comme quoi la mutualisation de l'information sur internet peut
servir à quelque chose. Je m'efforce aussi de relayer et diffuser tout ce qui pourrait
facilement passer inaperçu autrement, et c'est tout l'intérêt selon moi d'internet.
Depuis 1991, d'autres travaux que ceux dont je parlais dans ma note ont paru,
d'autres aussi ne m'étaient pas connus. Quelques découvertes ont été faites depuis et la
possibilité de recherche en ligne facilite grandement la collecte d'informations. Les blogs
et sites qui s'intéressent à l'arc en général ou aux techniques primitives de chasse donnent
des historiques sur les origines des différentes techniques, mais ils sont souvent
incomplets. On trouve également nombre d'associations qui expérimentent avec
beaucoup de pertinence toutes ces techniques et sont très souvent plus près d'une
plausible réalité, par leur expérience pratique, que des travaux plus scientifiques mais
sans doute un peu trop éloignés des préoccupations de nos ancêtres. Mais à la décharge
du scientifique on doit aussi reconnaître que des suppositions de départ peuvent être
prises pour des vérités quand elles sont relayées sans discernement. Certes la science
n'est pas avare de slogans racoleurs, mais ne fait-elle pas elle aussi sa publicité ! Ceci
étant, l'information circule mieux aujourd'hui et c'est cela l'essentiel.
Le développement de la forêt pourrait expliquer la raréfaction du propulseur puis
sa disparition en Europe à la fin du Magdalénien. Les changements climatiques majeurs,
même progressifs, sont des agents importants d'autres changements dans les sociétés
humaines, probablement depuis l'origine de l'humanité (COPPENS 2006). En dépit de sa
moindre portée balistique par rapport à celle de l'arc, l'emploi du propulseur nécessite un
environnement dégagé, l'arc étant d'utilisation plus aisée en milieu fermé. Sans doute
aussi, la réduction de la taille des animaux chassés a concouru à l'abandon du propulseur
plus difficile sur des petites proies car moins précis. L'arc comme le propulseur ont leurs
avantages et leurs inconvénients. L'arc mobilise les deux mains, alors que le propulseur
n'en occupe qu'une ce qui dans certains cas le rend supérieur à l'arc, notamment pour la
chasse du phoque depuis un kayac. De plus, dans cette chasse l'armature du harpon est
reliée à une corde, ce qui ne serait pas impossible avec un arc mais serait plus compliqué.
Il existe une technique de pêche moderne à l'arc où la flèche est reliée à un fil qui rempli
le tambour d'un moulinet solidaire de l'arc. Pour une proie aussi puissante qu'un phoque
ce procédé ne serait pas envisageable. La multiplication des essences forestières a dû
également aidé dans le choix des bois les mieux adaptés pour la fabrication du corps de
l'arc et des hampes de flèches. Les « armatures » quant à elles sont connues depuis des
dizaines de milliers d'années et un travail de thèse original tente de démontrer la possible
existence de l'arc il y a environ 50 000 ans sur la foi d'un grand nombre de micro-pointes
« Levallois » présentant des micro-traces d'impacts caractéristiques, l'ensemble de l'étude
portant sur un même site (METZ 2015). Comme le faisait justement remarquer Alain
Testart (TESTART 1986), les causes peuvent être multiples et ne se départissent pas de
l'environnement et des préoccupations sociales et culturelles. Ce sont tout autant les
conditions sociologiques que pratiques, bien que les deux puissent être interdépendantes,
qui déterminent les changements plus ou moins rapides d'habitudes dans l'usage d'une
technique, ou le maintien de pratiques considérées plus archaïques. Un jugement de

valeur émis postérieurement n'a d'ailleurs pas beaucoup de sens. Les sociétés ou microsociétés ont à leur disposition des connaissances techniques accumulées depuis des
dizaines de milliers d'années, certaines peuvent être préférées à d'autres pour des raisons
autres que strictement pratiques. La pratique même des techniques anciennes de chasse,
connues ou supposées, explique souvent mieux les besoins et les intentions que n'importe
quelle étude typologique confinée dans des graphiques et des tableaux. Ce ne sont pas les
objets qui guident l'humain mais l'inverse. Il suffit d'observer l'inventivité et l'adresse des
inuits chassant le phoque depuis un kayac (GESSAIN 1947, CATTELAIN 1994). Le
superflu technique y est absent, chaque instrument et chaque geste a son importance et ce
sont les impératifs et l'expérience qui sont prépondérants. Est-ce pour autant que ce
savoir transparaîtra dans une étude archéologique, rien n'est moins sûr.
Je ne crois pas à une évolution linéaire de l'arc et de ses qualités intrinsèques. Ce
qui s'observe pour l'industrie lithique, du galet taillé (chopper) au microlithes, n'a pu
exister concernant un ustensile faisant intervenir une propriété comme celle de l'arc,
l'élasticité. Propriété qui est ou qui n'est pas. Soit l'arc a fonctionné tout de suite, soit il
n'a pas existé. Beaucoup d'objets remplissent leur fonction dés le début parce que leur
conceptualisation a elle aussi fonctionné tout de suite dans l'esprit de leur concepteur ou
utilisateur. Par conséquent, les objets archéologiques qui sont inopérants considérés dans
une application rationnelle sont peu convaincants. Ils ont dû servir à tout autre chose qu'à
ce à quoi on les destine après coup. Ce doit être notamment le cas du « plus vieil arc du
monde ? » avec un point d'interrogation précisément (ROSENDALH 2006). Cet objet
ressemble fort peu à la partie d'un arc (instrument de chasse) « utilisable » et a pu avoir
une autre fonction. La poupée, notamment a pu servir de point d'attache pour un lien
quelconque, maintien d'un sac ou d'une toile de tente, d'une ligne de pêche, portage d'une
charge par exemple. Même si l'objet en question est supposé faire partie d'un arc,
l'argumentaire n'explore pas toutes les possibilité de sa destination. On pourrait en dire
autant du résumé de la Thése de Laure Metz (décembre 2015) qui conclut ainsi « Les
résultats amènent à la conclusion que seul un système de propulsion tel que l’arc a pu
compenser la faible énergie cinétique des tous petits éléments impactés découverts à
Mandrin E. » alors que le titre est interrogatif « Néandertal en armes ? Des armes, et de
l’arc, au tournant du 50ème millénaire en France méditerranéenne », ce qui est
contradictoire. Soit on est sûr, « seul un système de propulsion tel que l’arc », soit c'est
une supposition. Mais je n'ai pas encore pu lire le travail de Madame Metz, donc
attendons de voir.
Pourquoi l'arc exerce-t-il une aussi grande fascination sur nous, dits modernes ?
En exerçait-il une sur nos ancêtres ? Ce renouveau d'intérêt soulève aussi la question des
inventions et de leurs origines. Si on y regarde de plus près et de la manière la plus
objective possible, sans considération de palmarès, de performance ou de chauvinisme,
les véritables inventions doivent être somme toute assez rares, pour ne pas dire
inexistantes. Je ne sais plus qui avait trouvé la formule, « les découvertes sont des
inventions ratées », peut-être Haudricourt (ou Leroi-Gourhan ?), et ce qui a été découvert
à un moment et dans un lieu l'a aussi généralement été à un autre moment (la
simultanéité parfaite étant impossible) et dans un autre lieu, avec des petites différences
souvent. Ce sont essentiellement des conditions identiques ou très voisines qui
déterminent les évolutions, qui ne sont que des changements et des adaptations à de
nouveaux impératifs, qu'ils aient été créés (provoqués) ou qu'ils soient la conséquence de

pressions extérieures. Ce qui paraît admissible, nonobstant, c'est que les pratiques
guerrières à partir du mésolithique ont entraîné le développement de l'usage de l'arc en
Europe. Qu'en est-il ailleurs ? Que l'arc soit resté absent de vastes régions comme
l'Australie ne peut s'expliquer seulement par l'absence de contacts extérieurs, on devrait
également prendre en compte les besoins et les nécessités des peuples concernés, leurs
démographies et leurs psychologies aussi. La stabilité climatique a aussi son importance.
Chaque peuple du monde exploite des savoirs technologiques, les expérimente, et retient
ce qui lui paraît le plus satisfaisant pour lui (pas pour le chercheur), il n'y a pas de
concours ouvert à priori (GENESTE 1998). D'autre part, qu'importe pour nous de savoir
si les chasseurs de la préhistoire connaissaient l'arc depuis 20 000, 50 000, 100 000 ou
200 000 ans ? S'ils n'en connaissaient pas l'usage ils avaient d'autres ressources et ils
auront survécu à l'arc, si j'ose dire, les vestiges archéologiques en témoignent. Nos
ancêtres étaient-ils des crétins ?
Comme je le disais plus haut, des découvertes archéologiques en rapport avec l'arc
sont intervenus depuis 1991, on en trouve la trace sur internet même si elles sont peu
nombreuses, à contrario des découvertes d'art pariétal qui n'ont cessé de se multiplier
depuis une trentaine d'années ce qui a permis de réviser pas mal de points de vue. Peutêtre leur rareté ne plaide pas en faveur de la haute antiquité de l'arc ? Pierre Cattelain a
publié un article assez documenté faisant le tour de l'emploi du propulseur et de l'arc au
paléolithique supérieur (CATTELAIN 1994), plus ou moins repris dans une publication
plus récente (CATTELAIN 2006). Dans ses contributions à peu près toutes les
problématiques ont été abordées ce qui donne un bon appui à la réflexion. Nombreuses
sont les études de tracéologie depuis plusieurs dizaines d'années déjà, la technologie
évoluant elles ne cessent d'apporter de nouvelles réponses. Mais ce qui importe avant
tout n'est-il pas de se poser les bonnes questions ? En même temps, les expérimentations
se multiplient mais elles ne peuvent prendre en compte tous les paramètres, à fortiori
ceux qui ne nous sont pas connus. Rien ne remplacera l'expérience vraie difficile à
reproduire en condition expérimentale. Il semblerait aussi que les laboratoires ultra
sophistiqués aient supplanté les apports de terrain de l'ethnographie et de l'ethnologie qui
puisaient directement dans l'humain, avec toutes les réserves indispensables. Même si on
peut penser avoir tout exploré dans ce sens, la masse énorme de données collectées n'a
peut-être pas encore été suffisamment exploitée. La spécialisation a remplacé une
approche plus globale et certaines disciplines ne semblent plus être à la mode, c'est peutêtre dommage.
Pour conclure et afin de laisser le lecteur se faire sa propre opinion sur la question
« vibrante » de l'ancienneté de l'arc, quelques extraits pris « à la volée » dans la
bibliographie présente en fin de note. Les sources accessibles depuis les liens aideront, je
l'espère, à éclairer le mystère de l'origine de l'arc. Ou son mythe ?

Extraits choisis
LEROI-GOURHAN A., 1943 (1971)- L'homme et la matière. (les numéros renvoient
aux dessins de l'auteur)
Un autre moyen est d'employer l'élasticité d'un ressort. Les pièges en font le plus large
usage. Pièges à ressorts fixés par une extrémité communs à l'Afrique, l'Océanie (159), le
Pacifique nord, pièges à arbalète qu'on trouve en Afrique (160) comme en Sibérie ou au

Japon. L'arc de chasse ou de guerre conserve un court moment la force de la flèche,
l'arbalète peut rester tendue, comme le piège à arbalète, aussi longtemps que l'exige
l'action de chasse.

L'arc de métal est une rareté des forgerons habiles de l'Iran, le ressort métallique n'est
connu que dans des applications qui appartiennent au premier courant de
l'industrialisation des techniques.

...l'arc et la flèche peuvent se fixer sur une très grande marge culturelle parce que tous les
groupes que nous connaissons peuvent fabriquer des arcs (ce qui n'est pas dire doivent
fabriquer des arcs) ;

LEROI-GOURHAN A., 1945 (1973) - Milieu et techniques. (les numéros renvoient
aux dessins de l'auteur)
L'arc à balles (712) permet de propulser une pierre ou une balle de terre glaise légère.

L'arc est simple lorsqu'une seule pièce de bois ou de métal le constitue, composite
lorsqu'il est fait de l'assemblage de plusieurs parties ; sa forme est régulière (748), semiréflexe (750) ou réflexe (751). Les arcs simples sont les plus nombreux et se rencontrent
dans toutes les parties du globe. En Afrique, on trouve l'arc simple régulier, de forme
parfois assez étrange (749), chez tous les groupes qui n'ont pas l'usage exclusif du fusil
(748). En Asie, l'arc simple régulier est connu des Sibériens centraux et orientaux
(Iakoutes, Amouriens, Ainous) et du Japon ancien. L'arc simple semi-réflexe appartient
aux Andamans, l'arc simple réflexe (751) aux Sibériens occidentaux et à l'Asie centrale.
L'Océanie possède des arcs simples réguliers. L'Amérique du Sud et du centre a des arcs
simples réguliers qui atteignent souvent une longueur plus grande que celle du tireur
(Brésil, près de deux mètres) ou au contraire plus courts que la flèche (Oukaiali, 70
centimètres pour des flèches de plus d'un mètre). Les Peaux-Rouges avaient un arc
simple légèrement réflexe. Les arcs composites peuvent être faits de plusieurs lamelles
de même substance (arcs semi-réflexes de bambou du Japon) ou de plaques de bois, de
corne et de tendons (arcs réflexes mongols ou iraniens). La raison de cette fabrication est
plus souvent dans l'absence de matériaux appropriés que dans la recherche d'une
meilleure portée (témoins les arcs eskimo (752) composés de lamelles de bois de renne),
mais elle aboutit souvent à l'amélioration de l'arme : c'est le cas de l'arc mongol (corne,
bois et tendons), de l'arc japonais (bambou refendu) et des arcs eskimo ou indiens, dont
l'âme de bois est renforcée de tendons (753). Les archers emploient souvent un brassard
de cuir ou d'os qui protège l'avant-bras contre la friction de la corde de l'arc.
GESSAIN R., 1947 - Les Esquimaux du Groënland à l'Alaska.
Les adolescents construisent de véritables arbalètes, témoins d'une arme ancienne qui n'a
survécu que pour servir de jeu aux enfants.
LEROI-GOURHAN A., 1962 - Histoire Générale des Techniques.
La présence de l'arc au paléolithique supérieur n'est pas à exclure, les témoignages
directs manquent malheureusement de façon totale.

TESTART A., 1986 – Le communisme primitif.
Il est généralement admis que l'invention du propulseur précède celle de l'arc. Cette
opinion s'appuie tout d'abord sur le fait que l'existence du propulseur est attestée en
Europe depuis le paléolithique supérieur, alors que les premiers arc retrouvés ne datent
que du mésolithique. Hormis l'Europe préhistorique, le propulseur est connu en
Australie, en Nouvelle-Guinée, dans certaines îles de Micronésie et de Polynésie, dans
l'Est sibérien et un peu partout dans les deux Amériques. Il est suffisamment répandu de
par le monde et dans des milieux suffisamment différents, du désert à la toundra, pour
qu'on ne l'envisage pas comme un instrument spécialisé adapté à un milieu spécifique ou
à un type particulier de chasse.
...
L'arc n'aurait diffusé en Amérique que lentement à partir de l'Asie, hypothèse qui semble
corroboré par le fait que l'arc composite utilisé en Asie depuis longtemps (Okladnikov
1964 : 29-30) est bien connu de l'Amérique du Nord, mais totalement absent du Sud.
...
L'usage de l'arc n'est attesté qu'à l'épipaléolithique (ou mésolithique), par les flèches, ou
du moins les objets considérés comme tels, à Stellmoor et par l'arc entier retrouvé à
Holmegaard. Les peintures du levant espagnol, où l'on voit des chasseurs munis d'arcs,
sont rapportées à la même époque.
...
On a aussi voulu voir dans certaines pointes de la fin du paléolithique des pointes de
flèches en raison de leur ressemblance frappante avec certaines pointes de flèches
néolithiques : ainsi de la pointe à pédoncule (à soie) et à ailerons du solutréen espagnol
du Parpallo ou des pointes pédonculées atériennes d'Afrique du Nord.

Avant de conclure à l'existence de l'arc, il faudrait donc d'abord élucider les raisons de ce
développement des pédoncules, technique d'emmanchement ou autre…

Que l'arc ait été inventé à l'extrême fin du paléolithique supérieur ou juste après, au
début du mésolithique, la différence est minime. Cette invention, dont on ne peut sousestimer la protée16, est à rapprocher des autres innovations du mésolithique : armatures
en microlithes, domestication du chien, embarcations, pièges, filets, etc.

16. Bordes parle de cette « autre révolution » (autre que la révolution néolithique) amenée par
l'invention de propulseur et de l'arc 1960 : 110). Boriskovsky parle du « rôle énorme » de
l'invention de l'arc et des flèches (1958 : 310-11).

ROZOY J.-G., 1992 - Le propulseur et l'arc chez les chasseurs préhistoriques.
Techniques et démographies comparées.
L'arc est attesté de façon sûre (par des arcs et des flèches) à partir du Dryas III
dans l'Ahrensbourgien. Il peut être déduit des poids et largeurs des armatures (Rozoy,
1978, p.1010, 1989 c) pour l'ensemble du stade très ancien (Azilien et Aziloïdes de
l'Alleröd) et, au moins localement, dès la fin du Dryas II dans le Valorguien et dans
certains sites du Magdalénien final (Gare de Couze) (Bordes, 1979). Il a probablement
été inventé plusieurs fois, notamment dans le Solutréen du Parpallo, mais sans suite. Par
contre à partir de la fin du Dryas II la continuité et la généralisation sont assurées. On ne
connaît actuellement aucun site préhistorique où sa présence (certaine ou déduite)
coïncide avec celle du propulseur.

...
Les archers épipaléolithiques sont des hommes de la forêt, celle-ci est un milieu
hospitalier, riche en gibier et où il fait bon vivre. Les recherches ethnographiques des
dernières décennies ont montré que les chasseurs "primitifs" subactuels, avec trois ou
quatre heures de travail par jour, mangent plus que les rations calculées par les
diététiciens, et que leur densité de population est réglée nettement au-dessous de la
capacité nutritive de leur territoire. Cette régulation n'est pas d'origine alimentaire,
mais bien sociale et inconsciente (détails et références dans Rozoy, 1978, p. 10631064). Il n'est pas inutile de le rappeler, puisqu'en 1988 l'"Histoire de la population
française" (vol. 1, p. 35-36) fait encore état de la vieille théorie de la famine et des
"rôdeurs de grèves".
GENESTE J.-M., 1998 - Pointes ou outils triangulaires ?
La conclusion de cette courte étude incite à une discussion plus nuancée de
l'interprétation des paramètres de variabilité multifactoriels. L'argument de l'efficacité
technique (encore lui !) et l'évidence d'une aptitude à concevoir une technique ne peuvent
témoigner seuls de la généralisation et du rôle de cette innovation technique au sein d'un
système et d'une économie. La prise en compte d'une diversité de données contextuelles
joue un rôle de plus en plus décisif au sein de nos disciplines 11 et s'avère indispensable à
l'étude d'une question telle que la chasse qui ne saurait être envisagée utilement dans le
cadre restrictif des données directes trop exceptionnelles parmi les vestiges mobiliers
conservés. En réduisant alors les aptitudes conceptuelles et comportementales au
Paléolithique moyen à celles attestées par des données contingentes fussent-elles
techniques, on en vient à surinvestir le rôle réel de certains faits techniques au détriment
de facteurs bien plus déterminants dans le choix et la pratique d'un mode de subsistance.
Dans ce domaine l'histoire des techniques et l'ethnologie ne manquent pas d'exemples de
solutions sous-optimales préférées à d'autres plus performantes pour les simples raisons
que les choix culturels obéissent à d'autres facteurs que l'efficacité technique seule et que
l'inventivité est immense dans le cadre des moyens d'action sur la matière.
PLISSON H., 1998 - Pointes ou outils triangulaires ?
La question de l'équipement cynégétique des Moustériens du Levant, qui ouvre sur celle
de leurs stratégies de chasse et des capacités comparées des Néandertaliens et des
Sapiens sapiens 15, est d'un intérêt majeur. Aussi, le fait que les données actuelles
paraissent contradictoires (quelques très rares évidences d'armatures lithiques de
projectile au côté d'une majorité de pointes ou d'éléments triangulaires sans trace
d'impact) justifierait, ainsi que le suggère J.-M. Geneste, une analyse plus poussée du
matériel archéologique, des développements expérimentaux approfondis (variation des
modes de construction et de fonctionnement des armes, du gabarit du gibier, etc.),
publiés de façon détaillée, et l'étude au cas par cas de chaque gisement comme le
souligne A. Marks, au contraire de la démarche globalisante de J. Shea qui dessert
l'important débat scientifique qu'il a eu lui-même le mérite de poser. (H.P.)
BEYRIES S., 1998 - Pointes ou outils triangulaires ?
Lorsqu'il n'y a pas de traces, il n'y a pas d'interprétation possible. C'est une des limites de
la méthode, il faut l'accepter et s'y tenir. On ne peut pas glisser progressivement comme
le fait John Shea (1989) vers une interprétation comme projectile de toutes pièces
présentant des traces d'emmanchement. En ce qui concerne cette partie du débat et

s'appuyant sur des critères stricts de détermination, la réponse est : non, les pointes
Levallois et les éclats triangulaires n'ont pas une fonction de projectile à Kebara. En ce
qui concerne la deuxième question, nous ne nions à aucun moment la présence de
projectiles au Proche-Orient au Paléolithique moyen. La découverte à Umm el Tlell
d'une pointe fichée dans une vertèbre d'asinien en est un témoin. En outre, comme nous
l'avons signalé, les épieux de bois sont attestés par de nombreux exemples. Ainsi les
armes d'hast étaient probablement présentes au Paléolithique moyen mais sans doute,
comme le souligne J.-M. Geneste, faut-il rechercher d'autres solutions techniques que
celles reconnues pour des périodes plus récentes. La démarche de John Shea n'apparaît
pas convaincante. En outre, l'analyse fonctionnelle manque encore d'études approfondies
de grandes séries pour que l'on puisse fixer des régularités entre style, morphologie et
fonctionnement de l'outil, particulièrement au Paléolithique. (S.B.)
YEGNAN-TOURÉ A., 2008 - La technique et le jeu de l’arc musical.
Utilisé depuis la préhistoire, l’arc musical se retrouve aussi bien dans l’Europe
préhistorique – ce dont témoigne la gravure magdalénienne du « chasseur à l’arc » (10
000 ans av. J.-C.) de la grotte des Trois Frères en Ariège – qu’en Amérique, en Océanie,
en Asie et en Afrique. Son ancienneté lui a valu d’être considéré comme l’ancêtre des
instruments à cordes.

RÉSUMÉ. L’arc musical à résonateur buccal est composé d’une branche arquée et d’une
corde. Sa technique de jeu nécessite l’action de plusieurs éléments dont une baguette en
bambou séchée, un bâton-touche, et l’indispensable complément sans lequel les sons
seraient peu audibles : la bouche. La baguette excite la corde et impulse un rythme à
toutes les pièces exécutées sur cet instrument. Quant au bâton-touche, une fois appliqué
sur la corde, il raccourcit la longueur vibrante de celle-ci et permet l’obtention d’un son
aigu qui s’ajoute au son grave qu’émet la corde lorsqu’elle est excitée par la baguette. À
ces deux éléments s’ajoute la bouche dont le rôle dans l’amplification et la sélection des
sons de l’arc musical fait l’objet de cet article. Rapprochés de la corde vibrante, les
organes de la cavité buccale se meuvent. C’est en l’occurrence la langue pelotonnée qui,
dans un mouvement en ascenseur, sélectionne les différentes hauteurs de son pendant
que le début du larynx s’ouvre et que les cordes vocales, les aryténoïdes, restent
immobiles. À ces organes s’ajoutent les ouvertures et fermetures progressives de la
mâchoire qui, comme le larynx et le volume de la cavité buccale, aident à l’amplification
des sons produits par l’arc musical. C’est la danse – les mouvements synchronisés – de
tous ces organes qui permet la production des sonorités extraordinaires que l’on
reconnaît à l’arc musical.

Bibliographie et liens
BOËDA E., 1994 - Le Concept Levallois : variabilité des méthodes, Monographie du
CRA, n° 9, Paris, Editions du CNRS.
http://www.archeo-4579498327-9782364610088.pdf
BORDES F., 1961 – Typologie du Paléolithique ancien et moyen. Publications de
l'Institut de Préhistoire de l'Université de Bordeaux, mémoire n° 1, Delmas éd.
Bordeaux.

BRÉZILLON M., 1983 – La dénomination des objets de pierre taillés. Editions du
C.N.R.S.
BRÉZILLON M., 1985 – Dictionnaire de la préhistoire. Librairie Larousse.
CATTELAIN P., PERPÈRE M., 1993 – Tir expérimental de sagaies et de flèches
emmanchées de pointes de la Gravette. Archéo-Situla 17-20. pp. 5 – 28.
https://www.researchgate.net/publication/290604752_Tir_experimental_de_sagaies_et_d
e_fleches_emmanchees_de_pointes_de_la_Gravette
CATTELAIN P., 1994 - La chasse au Paléolithique supérieur : arc ou propulseur, ou les
deux ? in “Archéo-Situla”, 21-24 : 5-26.
https://www.researchgate.net/publication/281244648_CATTELAIN_P__1994_La_chasse_au_Paleolithique_superieur_Arc_ou_propulseur_ou_les_deux_Arche
o-Situla_21-24_5-26
CATTELAIN P., 2006 - Apparition et évolution de l’arc et des pointes de flèches dans
la Préhistoire européenne (Paléo-, Méso-, Néolithique). CATENE OPERATIVE DELL ’
ARCO PREISTORICO Incontro di Archeologia Sperimentale. Provincia Autonoma di
Trento Dipartimento Beni e Attività Culturali Soprintendenza per i Beni Archeologici.
Fiavè - S. Lorenzo in Banale 30/31 agosto - 1 settembre 2002.
https://www.researchgate.net/publication/285703558_CATTELAIN_P__2006_Apparition_et_evolution_de_l'arc_et_des_pointes_de_fleches_dans_la_Prehistoir
e_europeenne_Paleo-_Meso_Neolitique_In_Catene_operative_dell'_Arco_preistorico_incontro_di_archeologia_
CHAPRON H., 1971 - Un savant mantais méconnu : Perrier du Carne. Le Mantois 21 –
1971 : Bulletin de la Société «Les Amis du Mantois » (nouvelle série). Mantes-la-Jolie,
Imprimerie Mantaise, 4e trim. 1970, p. 51-54.
http://mantes.histoire.free.fr/items/fichiers/1252.pdf
CHAUVET G., 1896 – Station du Ménieux (Commune d'Edon, Charente), In Bulletin et
Mémoire de Société Archéologique et Historique de la Charente, Année 1896, Sixième
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http://www.histoirepassion.eu/?-Bulletins-et-Memoires-de-la-Societe-Archeologique-etHistorique-de-la-CharenteCLEYET-MERLE J. -J., 1990 – La préhistoire de la pêche. Editions Errance.
COPPENS Y., 2006 – Histoire de l'homme et changements climatiques. Chaire de
paléoanthropologie et préhistoire. Leçon de clôture prononcée le mardi 21 juin 2005 par
Yves Coppens, professeur. Collège de France/Fayard. 93 pages.
DAUVOIS M., 1976 - Précis de dessin dynamique et structural des industries lithiques
préhistoriques, Périgueux, Fanlac.
DEMARS P. Y., LAURENT P., 1989 – Types d'outils lithiques du paléolithique
supérieur en Europe. Cahiers du Quaternaire n°14, Centre Régional de Publication de


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