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Le Journal de Notre Amerique stop repression 2018 01 22 .pdf


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Title: jna32

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SOMMAIRE :
L'Édito du JNA
Alex Anfruns
Stella Calloni : « Il existe un projet de recolonisation
régionale en Amérique latine » (½)
Alex Anfruns
Le combat des communautés afro-colombiennes :
entretien avec Luis Armando Ortiz
Ricardo Vaz & Raffaele Morgantini
Honduras : La CIA et la disparition forcée
Reporteros de investigacion
Argentine : répression brutale pour la réforme des retraites
(reportage photo)
Majo Malvares
Perspectives d’avenir pour la Révolution cubaine en 2018
TeleSUR, Arnold August
Au Venezuela, « l’information c’est comme l’eau : un bien public »
Geraldina Colotti

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L'Edito
Au Honduras et en Argentine, l'année 2017 s'est terminée sous le signe de la
répression militaire. Au cours de cette année, des images qui font froid dans le dos se sont
également incrustées dans nos rétines au Honduras, au Brésil et en Colombie.
Dans la mémoire des peuples de Notre Amérique, cette répression à l'échelle régionale
évoque la sombre période des dictatures militaires et le déroulement du Plan Condor.
Dans ces pays, la droite s'appuie sur les militaires pour faire taire l'opposition et
continuer leur politique de démantèlement des acquis sociaux. Ainsi, au Brésil la réforme
de la Constitution a inscrit sur le marbre le gel des investissements dans le secteur public
pour une durée de 20 ans. Les effets de cette politique sont si pervers que désormais les
gouvernements Macri et Temer s'attaquent en priorité aux droits des retraités.
À Buenos Aires, le 18 décembre 2017, le vote d'une réforme de la loi sur les
retraites a provoqué le déferlement de 150.000 personnes dans la rue. Les jeunes
manifestants ne se sont pas laissés berner par le culte de l'individualisme et de l'argent.
Insensibles aux coups de matraque et aux tirs des policiers, leur réponse à Macri a été
intraitable : « pas ça, on ne fait pas ça à nos aînés ». Pas moins de 9 journalistes couvrant
la mobilisation ont subi le même traitement par la police. À cause des balles en
caoutchouc, trois militants ont perdu un œil.
L'augmentation du budget militaire de défense et le contrôle des médias sont une
tendance généralisée, face à laquelle les peuples s'organisent comme ils peuvent. La
démocratisation de l'accès aux médias, l'organisation des communautés en résistance, le
combat contre la corruption, contre l'impunité des multinationales, ainsi que la défense
d'un modèle de développement humain restent des enjeux fondamentaux pour cette année
2018.
Pour les acteurs de ces luttes sociales, les nombreuses échéances électorales seront
un terrain semé d'embûches, comme on a pu le constater dans la fraude au Honduras.
L'intelligence collective et la capacité des peuples à s'unir pour la défense de leurs droits
détermineront les choix et les chances de réussir. Meilleurs vœux de résistance !

Alex Anfruns

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Le journal de Notre Amérique n° 32 - Janvier 2018

Stella Calloni : « Il existe un projet de
recolonisation régionale en Amérique latine » (đ)
Après la « décennie d'or » des gouvernements
progressistes qui ont pour la première fois mis
en place des politiques sociales fortes et travaillé
pour l'unité latino-américaine, le retour au
pouvoir de la droite en Argentine et au Brésil est
marqué par la destruction des services publics et
une répression brutale qui rappelle les années
sombres des dictatures des années 1970. Pour
Stella Calloni, experte en histoire des relations
entre les pays du cône sud et les États-Unis, c'est
loin d'être un hasard : aux dictatures marquées
par la doctrine de « sécurité nationale » made in
USA, ont succédé des « démocraties de sécurité
nationale ». L'année 2018 offre une perspective
décisive, avec des élections dans des pays aussi
stratégiques que le Mexique, la Colombie, le
Venezuela, le Brésil ou le Paraguay. Le moment
est-il venu pour les peuples de Notre Amérique ?

Je considère ce gouvernement comme illégitime
depuis le début, depuis sa prise de pouvoir. Pour la
première fois dans l’histoire de l’Argentine, nous
avons un président qui arrive au pouvoir alors que
deux procès à son encontre sont en cours, ce qui est
anticonstitutionnel : l’un le met en cause pour des
écoutes illégales, lorsqu’il était le chef du
gouvernement de la ville de Buenos Aires et
pratiquait un espionnage des syndicats, de
particuliers, de propres membres de sa famille,
d’organisations, etc. Cet espionnage a été
découvert, et son procès était encore ouvert à ce
moment-là. L’autre a été ouvert car lorsqu’il était
chef du gouvernement, il a mandaté des groupes de
civils pour qu’ils aillent agresser avec une violence
extrême des familles qui vivaient dans les rues de
Buenos Aires. C’est un procès qui est toujours en
cours à l’heure actuelle.
D’autre part, il faut se rappeler qu’avant les
élections, il y a eu un vif débat qui date du
gouvernement précédent de Cristina Fernández de
Kirchner sur les fonds vautours. C’est quelque
chose de totalement illégal au niveau mondial, et ils
sont intervenus de manière tragiques dans de
nombreux pays d’Amérique latine qu’ils ont
escroqué au moyen d’une dette monétaire à
rembourser par la suite.

Alex Anfruns : Les deux premières années du
gouvernement Macri viennent de s’achever.
Quel bilan feriez-vous de cette période ?
Stella Calloni : Depuis le 10 décembre 2015, date
à laquelle Macri a été investi, on a assisté à un
gouvernement dont le président et les ministres font
tous partie d’organisations étasuniennes, comme
Heritage Foundation, la National Endowment for
Democracy (NED) et d’autres. Les USA les ont
créées comme « face sociale de la CIA ». C’est à
dire qu’elles effectuent un travail autrefois mené
par la CIA depuis l’ambassade : elles reçoivent de
l’argent et des financements qui ??? des
organisations gouvernementales dans tout le pays.

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Cristina Kirchner explique le mécanisme de la
dette des fonds vautours.
En conséquence, la présidente avait lancé des
initiatives avec des organisations mondiales, il y
avait un rejet général et elle était en train de gagner

Le journal de Notre Amérique n° 32 - Janvier 2018

la bataille contre les fonds vautours, lorsque l’un
des dirigeants de ces fonds vautours, Paul Singer, a
publiquement admis qu’il avait installé un groupe
de travail (task force) en Argentine, en 2010-2011,
qui répondait à une autre task force installée à
Washington…

Tout ceci a été détruit pour pouvoir mettre en place
des réformes d’ajustement. Toutes les lois qui ont
été adoptées par le Congrès pour la défense des
droits sociaux (comme lorsque les syndicats ont
demandé une loi d’urgence sociale, par exemple, se
sont vu opposer le veto de ce gouvernement.

...quel en était l’objectif ?

Depuis le début du mandat de ce dernier, on a
uniquement assisté à un esprit de revanche,
d’appropriation de la justice, de corruption d’un
maximum de députés possible afin de pouvoir
mettre le congrès dans sa poche, même si cela s’est
mal passé dans un premier temps. Ce
gouvernement contrôle 98% de la presse. Comme
vous pouvez l’imaginer, nous sommes dans une
situation assez complexe.

Travailler au renversement de Cristina Kirchner,
que ça soit de manière électorale ou par n’importe
quel autre moyen. Y ont travaillé l’actuelle ministre
de la sécurité, Patricia Bullrich, l’actuel chef du
bureau anti-corruption de Macri, le président Macri
lui-même ainsi que la fondation qu’il dirigeait, qui
dépendait de l’Heritage Foundation étasunienne…
Toutes ces personnes recevaient ouvertement de
l’argent d’un fonds vautour de Paul Singer pour
Ces réformes d’ajustement ont par la suite été
qu’ils influencent les élections.
approuvées, de même que la loi de réforme
prévisionnelle, qui n’est qu’un vol éhonté à
Le peuple argentin ne s’est pas rendu compte du
l’encontre des retraités du pays, et à l’encontre
danger qui le guettait ?
également des bénéficiaires de la prestation
La dynamique de la situation a été tellement rapide universelle par enfant et d’autres problèmes
qu’elle demandait une prise de conscience sur sociaux de grande envergure sont également à
quelle sorte de gouvernement était en train attendre.
d’arriver au pouvoir. Immédiatement, la première
chose que ce gouvernement a détruit après
seulement dix jours a été la loi sur les
médias.audiovisuels. Le gouvernement de Cristina
Fernández de Kirchner avait réussi à la faire
adopter au congrès de manière très démocratique.
Cette loi démocratique pour annuler les monopoles
médiatiques avait été étudiée pendant des années
par des universitaires, des associations et des
syndicats. Eh bien immédiatement après avoir été
investi président, l’un des coups réalisés par Macri
l’a été à l’encontre de cette loi.
Alors Macri a commencé à recourir aux décrets de
nécessité et d’urgence afin de détruire une quantité
d’organismes qui fonctionnaient de manière
démocratique. Il a nommé deux juges à la Cour
suprême, laquelle est aujourd’hui intégralement
Manifestation contre la réforme prévisionnelle,
dépendante du pouvoir gouvernemental. Il a
Buenos Aires, 18 décembre 2017
commencé à détruire une quantité d’organismes qui
avaient vu le jour lors du gouvernement précédent
pour lutter contre les inégalités sociales.

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Le journal de Notre Amérique n° 32 - Janvier 2018

Comment a réagi Macri face à la grogne impossible de signer un accord de paix afin de
sociale ?
retrouver une souveraineté si sept bases
étasuniennes sont encore sur le sol de ce pays. Une
Ces deux années de gouvernement Macri ont vu la
seule base étasunienne dans l’un de nos pays et
mise en application d’un modèle de militarisation
c’est toute notre souveraineté nationale qui est en
au niveau des organes de sécurité tels que la
danger.
gendarmerie, la préfecture, les polices fédérale et
provinciale, la police de la ville Buenos Aires, cette
À l’heure actuelle en Amérique latine, une guerre
dernière recevant des conseils et une instruction
de contre-insurrection est en train d’être menée par
venant à la fois des États-Unis et d’Israël qui a
les USA et leurs partenaires. Ce que nous avons en
entraîné la police de la ville de Buenos Aires dans
Argentine n’est pas une démocratie. C’est ce que
les territoires palestiniens occupés.
j’appelle une démocratie de sécurité nationale.
Autrement dit, une dictature dissimulée. Le
Cette militarisation du pays nous permet de
Congrès, de même que les manifestations et la
comprendre la répression brutale à laquelle nous
volonté populaire, n’ont plus de valeur. Ce
avons assisté en décembre dernier, qui a résulté
gouvernement a été élu sur un programme de
d’une action coordonnée de ces forces de sécurité,
pauvreté zéro, déclarant que rien de tout ce qui était
toutes armées des équipements dernier cri dont le
en faveur du peuple ne devait être modifié… Il est
coût se chiffre à plusieurs millions de dollars. Cela
en train de faire exactement le contraire de cela.
ne concerne pas seulement les équipements… il y a
aussi des camions, des armes nouvelles afin de
Il a ainsi trahi son propre programme. Par
réprimer les manifestations sociales.
conséquent, nous devrions vite imposer dans toute
Notre Amérique, qu’un gouvernement qui est élu
L’année 2017 s’est terminée avec 2 morts et
grâce à un programme pour lequel la population a
plusieurs disparus mapuches en Patagonie indigène,
voté, mais qui non seulement le piétine absolument,
de nombreux blessés, des incarcérations… Tout
mais finit par réprimer et terroriser sa population…
cela dans le cadre d’une répression qui concerne
ce gouvernement doit cesser de se qualifier de «
tout le pays. Elle n’était pas uniquement dirigée
démocratique ».
contre Buenos Aires, comme on a pu le voir.
Une telle situation n’avait jamais été vue dans ce
pays, à savoir un Congrès encerclé et totalement
militarisé lorsqu’une loi s’apprête à être votée. Plus
de 2 000 hommes des forces armées ont été
déployés afin d’affronter les manifestations
pacifiques.
Il est curieux que ces gouvernements latinoaméricains de droite soient encore présentés
comme « démocratiques »…
Je pense qu’aux dictatures de sécurité nationale des
années 70 ont succédé les démocraties de sécurité
nationale d’aujourd’hui, pilotées par les États-Unis.
Le meilleur exemple est la Colombie, où le
gouvernement a ratifié un accord de paix, alors que
les paramilitaires sont toujours présents, de même
que les bases militaires étasuniennes. Dans un pays
qui a connu cette violence extrême, il est

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Cependant, l’Argentine ainsi que d’autres pays
de Notre Amérique sont déjà passés par cette
période de contraintes imposées par le FMI,
avec des gouvernements obéissant à des intérêts
étrangers et non nationaux…
Ce qui est en train de se mettre en place en
Amérique latine à l’heure actuelle, c’est un projet
géostratégique de recolonisation régionale. Les
États-Unis ont déclaré avoir besoin de contrôler
tout cette région, car cela signifierait avoir le
contrôle sur toutes les ressources de cette région,
qui sont inestimables. La guerre qu’ils mènent
contre le Venezuela est typique d’une guerre
contre-insurrectionnelle, avec une guerre
psychologique, une guerre de quatrième
génération… Il en est de même pour la guerre
qu’ils mènent au Brésil, où ils ont installé une
dictature.

Le journal de Notre Amérique n° 32 - Janvier 2018

Rappelons-nous que pendant toute cette période où
l’Amérique latine était en train de s’unir, elle avait
atteint son plus haut degré d’unité avec la
constitution de la Communauté d'États latinoaméricains et caraïbes (CELAC), le Marché
commun du Sud (MERCOSUR) et l’Union des
nations sud-américaines (UNASUR). Pour la
première fois dans l’histoire de la région, tout cela
avait pu se concrétiser fin 2011 avec la CELAC.
Face à tous ces succès, les États-Unis vont agir
rapidement dans la région, non pas grâce à une
espèce de guerre coloniale, comme la tragédie que
les pays du Moyen-Orient sont en train de vivre,
mais en essayant d’y arriver par d’autres moyens.

D’un côté il y a eu une manipulation totale de la
justice, puisqu’ils ont commencé à infiltrer les
structures judiciaires de tous nos pays. D’un autre
côté, ils ont le contrôle sur les parlements grâce à la
corruption.
Aujourd’hui au Honduras, nous avons une dictature
qui a conservé une continuité. De la même manière
qu’ils ont fomenté le coup en 2009 contre Zelaya
au Honduras, ils ont tramé un coup d’État contre
Fernando Lugo au Paraguay, en 2012. Ainsi, nous
avons désormais ces gouvernements où la dictature
connaît une continuité.
Première partie de l’entretien avec Stella Calloni
(à suivre)

Sommet de la CELAC, République dominicaine, janvier 2017

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Le journal de Notre Amérique n° 32 - Janvier 2018

Le combat des communautés afro-colombiennes :
entretien avec Luis Armando Ortiz
menée par quelques personnes majeures, nos
ancêtres qui ont fui à partir d’un processus connu
sous le nom de marronnage des groupes
minoritaires. Ces personnes se trouvaient dans les
forêts les plus reculées à cette époque, et il
constituaient alors ce qu’on appelait des quilombos,
qui étaient une espèce de « nation » dans la nation à
l’époque coloniale et plus tard républicaine, afin de
se protéger des chasseurs d’esclaves qui
souhaitaient les capturer et les emmener à nouveau
dans des zones minières. C’étaient des espaces
construits par nos ancêtres comme stratégie de
défense avec des barricades faites de bâtons de bois
Marche du PCN au cours de leur cinquième
(palos en espagnol, d’où le nom de palenque
assemblée (Photo: Renacientes.net)
désignant les quilombos des pays hispanophones de
L’histoire des communautés afro-colombiennes la région), afin de se protéger de ceux qui faisaient
est une succession de persécutions, de peser cette menace.
déplacements forcés, de violations des droits de
l’homme et de lutte permanente pour la dignité. Ensuite, le processus d’abolition de l’esclavage a
Pour mieux comprendre cette lutte, en débuté en 1851, processus qui ne prévoyait pas de
particulier dans ce contexte de (non) application conditions minimales de dignité pour les
des accords de paix en Colombie, nous avons émancipés, mais ces communautés se sont
échangé avec Luis Armando Ortiz, un des leaders principalement installées sur les rives des bassins
du littoral pacifique colombien et dans d’autres
du Processus des Communautés Noires (PCN).
régions aux conditions similaires de la côte
Ricardo Vaz et Raffaele Morgantini
atlantique et caribéenne.
Qu’est-ce que le Processus des Communautés La Colombie est donc un pays qui compte une
Noires ?
grande population d’afro-descendants ou de
Le Processus des Communautés Noires est communautés noires qui sont installées en majorité
l’organisation nationale qui regroupe la majorité sur ces territoires et dans les chefs-lieux des
des organisations des communautés noires en communes de cette région et dans les capitales de
Colombie. Il en existe d’autres, mais le PCN est leur département, comme : Cali (Valle del Cauca),
celle qui est la plus importante et la plus pertinente Medellín (Antioquia), Quibdó (Chocó). Elles sont
également installées à Bogotá, suite à un processus
sur la scène nationale et internationale.
de migration et de déplacements, où il y a une
Pouvez-vous nous dresser une perspective plus grande colonie de communautés noires. Nous
historique de la lutte des communautés afro- représentons en Colombie 20% de la population
totale recensée.
colombiennes dans votre pays ?
Eh bien, la lutte est historique depuis le processus
de colonisation, dans une recherche de liberté

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Le journal de Notre Amérique n° 32 - Janvier 2018

L’élargissement de la frontière portuaire dans des
villes comme Buenaventura est un autre exemple
d’événement ayant provoqué des déplacements
forcés, des tortures, des assassinats, des
disparitions, des violences sexuelles, le recrutement
forcé d’adolescents et de jeunes, et celui de leaders,
dont les enfants n’ont pas été épargnés dans le
cadre du conflit armé.

Grève civique en Colombie, octobre 2017
(Photo: jjcaicedo96)
Et ces déplacements de population, ces
migrations, justement, à quelle époques se sontils réalisés et pour quelles raisons ?
Il y a eu une migration historique qui a
principalement trouvé ses causes dans l’offre de
travail des haciendas de la Valle del Cauca en
particulier. Beaucoup d’habitants du Pacifique sont
partis travailler comme salariés dans ces haciendas
qui exploitaient la canne pour la production de
sucre. D’autres sont également partis avec l’essor
du développement des grandes capitales, en tant
que main d’œuvre non-qualifiée pour la
construction de voies routières et ferrées ainsi que
de ports. Disons que la main d’œuvre a émigré
avant que ces processus d’offre de travail ne
s’enclenchent, développant en partie
l’infrastructure qui nous a historiquement manqué
dans nos territoires. Ces premiers processus
migratoires ont principalement émergé entre le
début et le milieu du XXè siècle.
Mais quand bien même, ce n’était pas un problème
majeur. Les problèmes ont vu le jour avec les
déplacements forcés des habitants de nos
communautés, et ce principalement autour de
quelques pratiques productives très négatives qui
avaient à voir avec les projets de ce soi-disant «
développement » ou avec l’implantation des
cultures de coca qui sont arrivées en majorité au
milieu des années 90 dans le Pacifique colombien.
Ces processus ont également emmené avec eux
l’entrée du grand capital sur le territoire pour
l’exploitation des minéraux (or, argent, etc.).

9

Donc les processus de déplacement forcé ont
augmenté en corrélation avec l’adoption des
fameux traités de libre-échange…
Exactement, autour de tout ce qui signifie en
première instance le modèle économique qu’on a
voulu implanter en Colombie avec l’ouverture
économique qui a ensuite provoqué ce que sont les
traités de libre-échange. Ceux-ci ont généré toute
une dynamique agressive contre les territoires
ancestraux. D’un côté, l’agrandissement des ports,
en gardant à l’esprit que Buenaventura, par exemple,
voit transiter plus de 60% du commerce extérieur de
la Colombie. D’un autre côté, les terres du Pacifique
sont très riches en or et en argent. On y a découvert
de nombreux gisements de coltan, de pétrole, une
biodiversité de faune et de flore très riche, et c’est
vers là-bas que se dirigent les tentacules de
l’économie libérale dans nos territoires.
De notre point de vue, une économie qui détruit les
territoires et la nature devrait être une considérée
comme illégale. Cependant, cette économie a été
légalisée par le gouvernement national, et elle
s’instille aujourd’hui de manière violente et
agressive, provoquant un impact en matière de
violation des droits de l’homme, violant notre droit
légitime à posséder une économie propre, le droit de
pouvoir choisir un modèle de développement qui
correspond à la vision ethnique des communautés
qui se trouvent ici. Nous appelons cela des plans «
d’ethno-développement » ou des plans de vie, qui
sont le nom que certains communautés utilisent, ou
PEDRIN pour plan de développement rural intégral.
Ces propositions s’opposent aux plans de
développement du gouvernement national qui
obéissent simplement à ce plan hégémonique de
l’économie néolibérale dans le monde.


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