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Le bonheur accentue l individualisme .pdf



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“Le bonheur accentue l’individualisme”
Nouvelle extension du domaine de la marchandisation, la psychologie positive
s’est imposée partout, de l’entreprise au coaching personnel ou à l’école. La sociologue israélienne EVA ILLOUZ démontre dans son essai Happycratie que nos émotions sont aujourd’
Les Inrockuptibles · 12 Sep 2018 · TEXTE David Doucet ILLUSTRATION Jacopo Rosati pour Les Inrockuptibles

VIVONS-NOUS SANS LE SAVOIR SOUS UNE DICTATURE DU BONHEUR ? Dans son dernier ouvrage
coécrit avec le psychologue Edgar Cabanas, la grande sociologue israélienne Eva Illouz raconte
comment l’injonction à être heureux s’est imposée dans nos vies à un point tel qu’il est di cile de
s’y dérober. Du coaching personnel aux chief happiness o cers qui rôdent en entreprise pour s’assurer de notre joie de vivre, la psychologie positive théorisée au début des années 1990 semble
s’être imposée à tous les échelons de la société. Avec talent et précision, la directrice d’études à
l’Ecole des hautes études en sciences sociales démontre que, derrière cette pseudoscience, se cache
en réalité un élargissement du champ de la consommation à notre intériorité. Et si les émotions
n’étaient plus qu’une marchandise comme les autres ?
Vous êtes connue pour vos recherches sur le capital sexuel et émotionnel. Comment passe-t-on de
l’étude des rapports amoureux à celle de la psychologie positive ?
Eva Illouz — Je dirais qu’il y a deux ls conducteurs. Le premier, c’est le l sociologique, qui
consiste à montrer que la vie privée, les sentiments et les émotions relèvent du social.
Je ne fais que suivre une longue lignée d’historiens, anthropologues et sociologues pour qui, aussi
privée qu’elle soit, l’existence de chacun est contrainte par la dimension économique, politique et
symbolique de la vie sociale. On fait l’expérience de l’honneur ou de la colère très di éremment
dans une société guerrière ou dans une société de commerce. Dans les sociétés contemporaines,
l’individu fait l’expérience de lui-même comme un sujet qui est privé, qui doit inventer ses propres
règles de vie, dont l’intériorité ne peut être partagée avec d’autres. Or, notre expérience et l’expérience que nous avons de nous-même restent sociales. En l’espace de cent ans, le langage qu’on
utilise pour se comprendre ou pour comprendre les autres a énormément évolué et c’est la psychologie qui, aujourd’hui, fait o ce de langue o cielle pour comprendre le moi, ses émotions et ses
relations. La psychologie s’est développée et institutionnalisée dans toutes les sphères sociales,
que ce soit la sexualité, le mariage, l’éducation, l’école, l’armée, les prisons ou bien encore notre
lieu de travail…
Elle est omniprésente. Une grande partie de mon travail consiste à analyser la genèse de ce langage
et de lui substituer des schèmes de pensée historiques et sociologiques. Le second l de mes travaux, peut-être même ce qui le distingue, est de montrer que le capitalisme joue un rôle prépondé-

rant dans le développement de la vie privée et des émotions modernes au travers de leur insertion
dans une économie marchande.
Comment en êtes-vous venue à penser que cette quête du bonheur, qui peut paraître positive au
premier abord, est en fait aliénante ?
Par l’étude du déploiement culturel et institutionnel de la psychologie. Freud a déjà opéré un changement. Avant lui, la psychiatrie traitait les grands malades, les aliénés, les grands fous. Freud a
considérablement élargi le champ de la thérapie mentale en inventant la catégorie des névrosés.
Ces derniers sont des gens “normaux” mais qui sont hantés par le con it interne. Après Freud,
surtout aux Etats-Unis, il y a eu la psychologie humaniste dans les années 1960 (Carl Rogers ou
Abraham Maslow), qui a opéré un nouveau changement. On n’a même plus besoin d’être névrosé,
on invente l’idée que la plupart des vies, même normales, sont moins bien que ce qu’elles devraient
être. C’est l’idée de réalisation de soi-même. Cet élargissement du champ de la psychologie a été
une aubaine pour le capitalisme. C’est comme si l’on avait inventé au départ un produit pour nous
guérir de la cigarette, et qu’ensuite avec le même produit on vous disait : “On va vous guérir même
si vous ne fumez pas. Le fait de ne pas fumer recèle un potentiel caché qu’il faut libérer.” La psychologie a réussi l’exploit d’élargir son champ d’action, de s’adresser aux malades et aux bienportants. L’objectif ? Maximiser le moi, le faire fructi er comme un capital, augmenter sa valeur
psychologique et marchande. Si, pour Aristote, le but du bonheur, c’est de pratiquer les vertus et la
vie bonne, le bonheur contemporain est une façon de maximiser le moi et ses utilités. Le bonheur
devient une entreprise privée, au travers de laquelle nous devons exercer notre capacité à la mobilité psychique, comme précurseur ou condition de la mobilité sociale. La capacité au bonheur, c’est
l’assurance de la mobilité sociale, et non plus tellement l’inverse comme on le pensait. La souffrance devient une a aire de choix personnel. Si on est malheureux, c’est qu’au fond, quelque part,
on le veut. Si la loi nous tient responsable de nos actes, il s’agit désormais d’être responsable de ses
émotions et de ses pensées. Un peu comme le pénitent chrétien, mais la faute est vis-à-vis de
nous-même.
Dès le XIXe siècle, Nietzsche a théorisé que la sou rance, tout comme l’acceptation du tragique de
la vie, pouvaient permettre de se réaliser, voire de se transcender. L’idée défendue par la psychologie positive n’est donc pas nouvelle ?
Nietzsche a in uencé Freud. Sa théorie pouvait être radicale et transgressive dans une culture
chrétienne de l’interdit, du contrôle de soi-même et du conformisme aux normes. Mais quand elle
devient le soubassement normal d’un marché, alors l’idée permet de répandre une idéologie au
service d’acteurs forts et de contrôler les individus. Ce livre n’est pas un livre contre le bonheur
mais une analyse d’une vaste coalition entre économistes et psychologues qui ont changé la dé nition de la bonne gouvernance et qui ont mis leur savoir au service de l’armée et des entreprises
pour créer des travailleurs et des soldats à la fois plus obéissants et plus contents. C’est cela la
grande nouveauté : c’est le fait qu’on rend les gens heureux de leur servitude, ou plutôt que toute
résistance à l’ordre sous la forme de colère ou d’angoisse devient stigmatisée.

Vous démontrez que la philosophie du développement personnel n’est qu’un avatar du néolibéralisme. Pensez-vous que c’était une volonté de ses fondateurs dès le départ ?
La question de l’intentionnalité en sociologie est une question centrale. Un des grands textes fondateurs de la sociologie moderne, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme de Max Weber,
est un texte sur les e ets non intentionnels de l’action. Il évoque un protestant qui, face à son angoisse vis-à-vis d’un dieu caché dont il ne sait s’il l’a choisi pour la grâce ou non, se met à travailler plus
“C’est cela la grande nouveauté : c’est le fait qu’on rend les gens heureux de leur servitude, ou plutôt que toute résistance à l’ordre sous la forme de colère ou d’angoisse devient stigmatisée” EVA
ILLOUZ
dur pour y voir un signe divin de l’élection. Cette théologie, qui n’a rien à voir avec le capitalisme, a
des e ets non plani és sur l’action économique. Ce que Weber appelait “les conséquences non
plani ées de l’action”. Je ne veux pas être le juge de la psyché de Martin Seligman, qui est l’un des
principaux fondateurs de la psychologie positive. Sa grande idée, c’est de ne plus se focaliser sur la
sou rance ou la pathologie comme la psychologie l’avait fait auparavant, mais d’augmenter nos
ressources psychiques. Dans sa recherche, il a choisi de se concentrer non pas sur ceux qui ont le
sentiment d’impuissance mais sur ceux qui ne l’ont pas, qui se sentent toujours plus forts que les
circonstances de leur vie. En soi, c’est sans doute louable si on peut argumenter là-dessus. Je pense
qu’au départ il était sincère dans son intention d’améliorer le sort des gens mais je suis tout de
même perplexe face à la facilité avec laquelle il a accepté de mettre son savoir au service d’organisations comme l’armée américaine ou les grandes entreprises. Ce qui l’intéresse moralement et
scienti quement, ce ne sont pas les laissés-pourcompte mais les gagnants. Les laissés-pourcompte, pour lui, quelque part, choisissent toujours leur destin. Et cela me trouble.
Pour quelles raisons a-t-il cédé selon vous ?
Seligman a voulu institutionnaliser sa pratique, la répandre dans les universités et dans le monde
entier. C’est la di érence entre la psychologie et la sociologie puisque la sociologie veut analyser le
monde et le comprendre mais avec un maximum de distance pour essayer de neutraliser les biais et
les e ets qui peuvent être en jeu dans ce regard. La distance est notre malédiction mais aussi ce qui
garantit une plus grande indépendance vis-à-vis des institutions. La psychologie – quand elle est
une thérapie – a un autre point de vue épistémologique, et son intérêt est d’in uencer le plus de
gens possible et d’être le plus possible engagée dans un processus de changement. La visée épistémique des deux disciplines est très di érente.
Quel rôle ont joué les grandes multinationales comme Coca-Cola dans la propagation de ces théories ?
Depuis les années 1920 et 1930, il y a cette idée très forte, dans les théories du management, que le
travailleur doit être mobilisé dans l’entreprise par le biais de ses émotions. Plus tard, c’est l’idée
que l’employé heureux – qui a de bonnes dispositions – est plus productif. Les grandes entreprises
américaines cherchent à améliorer la production des travailleurs en leur donnant les moyens psychologiques de s’identi er à l’entreprise, ce que l’on appelle le corporatisme. Cette idée met en

oeuvre une transformation assez radicale de la structure psychique ; nous sommes désormais
scrutés par les autres sur notre propre structure psychique. Les signes
de contentement que nous émettons deviennent des signes de la psyché qui marche. Il se produit
aussi une équivalence subtile entre le bonheur et le statut social. Des grandes entreprises telles que
Coca-Cola ont aidé Seligman dans l’espoir que la psychologie positive aide à découvrir des méthodes moins coûteuses et plus e

caces pour augmenter la productivité de ses salariés et réduire

le stress au travail. Coca-Cola a créé un Observatoire du bonheur et a orchestré une vaste campagne
de publicité autour de cette notion. Boire Coca-Cola, c’est boire à la source même du bonheur.
La psychologie positive a donc été récupérée pour augmenter notre résilience à l’e ort…
Exactement. C’est ce que l’armée des Etats-Unis a d’ailleurs demandé à Seligman, en 2008, avec le
programme baptisé “Comprehensive Soldier Fitness” (CSF), qui a coûté plus de 145 millions de
dollars. L’idée était de faire en sorte que le soldat, quelle que soit son expérience (guerre, viol, tuer
un ennemi), ne sorte pas trop traumatisé. La résilience produite par la psychologie positive vise à
désapprendre le ressenti de cette violence subie. C’est une forme d’anesthésie. La psychologie positive privatise la sou rance en vous rendant seul responsable.
Il n’y a donc plus de sou rance collective…
Si la psychologie et la thérapie ont pour but de nous faire supporter notre sou rance, cela veut dire
que nous en sommes les seuls auteurs. Si la sou rance a sa source dans une enfance avec des traumatismes, si elle a sa source dans notre incapacité à gérer notre psyché, ça veut dire que nous
sommes non seulement les auteurs, mais aussi les seuls propriétaires de cette sou rance. Or la capacité de créer ou nommer des expériences collectives est la précondition d’une action politique. La
violence symbolique, cela consiste justement à croire que nous sommes seuls dans notre honte ou
humiliation. Lorsque Betty Friedan écrit
La Femme mysti ée dans les années 1960, elle fait rigoureusement l’inverse. Son livre traite de
quelque chose qui n’a alors aucun nom. Un malaise que ressentent beaucoup de femmes chez elles,
dans les banlieues américaines. Elle donne un nom à ce malaise, pointe du doigt une condition partagée par toutes les femmes. Il faut sortir du langage de la psyché pour montrer que l’expérience
vécue est partagée, et pour pouvoir créer une nouvelle conscience et un mouvement social. Ce malaise décrit par Friedan reposait sur le fait que les femmes ne faisaient rien, on ne leur donnait aucune fonction à la maison, et c’était un élément fondamental de la domination masculine. Leur
seul but était d’élever des enfants, elles se retrouvaient avec une existence désoeuvrée et vide, elles
se sentaient dépossédées de leurs vies et on leur apprenait que c’était le bonheur dont elles devaient se contenter. Et celles qui n’étaient pas contentes étaient pathologisées.
Comment dissocier les sou rances qui relèvent du collectif et celles qui puisent leur origine dans
un parcours personnel ?
Il y a sans doute des sou rances qui sont personnelles mais elles sont le plus souvent liées à des
expériences collectives.
Il y a des femmes qui aiment qu’on leur fasse des compliments d’ordre sexuel, et d’autres qui en
sou rent. Certaines se remettent du traumatisme d’un viol, d’autres restent gées dans l’angoisse

pendant longtemps. Ces variations ne veulent pas dire que les femmes ne sont pas toutes prises
dans la structure du pouvoir et de la violence masculins. Ce que la psychologie en général – pas
seulement positive – nous enjoint à faire, c’est considérer que nos
“Le bonheur devient une entreprise privée, au travers de laquelle nous devons exercer notre capacité à la mobilité psychique, comme précurseur ou condition de la mobilité sociale”
EVA ILLOUZ
problèmes ne sont pas partagés par d’autres. L’un des e ets révolutionnaires du féminisme, par
exemple, c’est de montrer aux femmes que le sentiment d’humiliation ou d’angoisse, tous ces sentiments négatifs qui diminuent le “moi”, sont en réalité partagés par beaucoup d’autres femmes.
Quand on voit le mouvement féministe depuis son début, il a nalement consisté à se confronter et
à s’opposer, de façon directe ou indirecte, à la pathologisation et à la privatisation de la psyché féminine.
Notre rapport au bonheur s’est-il imposé comme une nouvelle hiérarchie émotionnelle au sein de
la société ?
Oui, c’est comme si les dispositions émotionnelles étaient devenues une nouvelle forme de distinction sociale en tant que telle. Auparavant, être heureux ne se pensait pas comme étant dissocié de
la collectivité. Aujourd’hui, le bonheur est conçu comme une a aire extrêmement individuelle.
L’idée est de maximiser une fonction entièrement personnelle et individuelle. Le bonheur accentue
l’individualisme et l’atomisation de la société. L’individu se perçoit comme une unité très di érente des autres. Cette atomisation est à l’oeuvre même dans les familles. Leurs membres vivent
ensemble mais développent des projets de vie di érents ou divergents.
Diriez-vous que l’industrie du bonheur a pro té de l’e ondrement des pratiques religieuses pour
imposer son prêt-à-penser et ainsi redonner du sens à nos vies ?
Les choses qui caractérisent nos vies sont structurées par la technologie, la bureaucratie, donc par
la rationalité et énormément de grosses machines qui rationalisent nos comportements. Mais de
l’autre côté, il y a une incertitude normative sur les bons comportements à adopter. On ne sait pas
quelle est la règle. La psychologie joue un rôle très important dans le sens où c’est une sorte de
guide mais sans normes claires ; sur le plan sociologique, c’est extrêmement intéressant. Toutes
les sociétés guident leurs membres à travers des normes très claires, des catégories binaires, du
sacré et du profane, du bon et du mauvais. Mais beaucoup de ces catégories binaires se sont e ondrées et l’acteur se retrouve démuni de repères normatifs. La psychologie invente une façon de
s’orienter non pas en référence à des bornes normatives mais en fonction de soi-même, d’une
normativité que l’on inventerait.
C’est le message sacré de la psychologie : de trouver en soi, dans ses propres besoins et dans sa
propre psyché, les ressources et les lignes directrices de son comportement.
Alors que la quête du bonheur est une norme, peut-on l’ignorer sans être marginalisé ?
C’est une bonne question. Si quelqu’un travaille dans un milieu où la coopération et le réseau importent, donner libre

expression à la dépression ou à la colère permanente, c’est courir le risque d’être marginalisé. Il y a
des exceptions avec des groupes sociaux comme les artistes, par exemple. Mais dans un monde en
réseau où on dépend de beaucoup d’autres gens pour travailler, la positivité devient essentielle et
incontournable.
Comment est-on passés de l’altruisme exigé par les religions à l’individualisme banalisé par la
psychologie positive ?
C’est toute l’histoire de la modernité. Le basculement se fait surtout après les années 1960. Le collectif s’e ondre, mais il le fait aussi pour de bonnes raisons. Il y a un sentiment de conformisme
face à la collectivité, parfois basé sur l’oppression et le contrôle des moeurs. Beaucoup de groupes
contestaient les normes dominantes. Il y a eu une fragmentation de ce tissu normatif et une remise
en question de l’idée même selon laquelle l’individu doit se dédier au collectif, puisque le collectif
est devenu social et donc suspect. Dans les années 1970, si on est une femme ou un homosexuel, on
peut tout à fait comprendre l’envie de se replier sur soi-même. La consommation change, on passe
de la production et consommation de masse à l’individualisation des modes de vie et des choix. Le
marché a permis une o re de plus en plus diversi ée et créé une multitude de goûts di érents. A
partir des années 1970, on a rme son moi par ses goûts, qu’ils soient musicaux, vestimentaires,
culinaires… La consommation a contribué à l’élaboration et au ra

nement progressif des goûts

d’individus puis à l’individualisation des parcours de vie.
Quel peut être le prochain basculement ?
Je ne suis pas très bonne pour les prédictions. Mais je pense que ce qu’on a aujourd’hui, c’est à la
fois un individualisme atomisé et des formes éphémères de collectivité comme, par exemple, des
communautés qui se retrouvent sur internet à partir de problèmes communs (à l’instar des
femmes divorcées, des femmes battues, des virilistes…). Ce sont des communautés plus éphémères
mais basées sur une sou rance commune et non plus sur des traditions. La communauté est recréée à partir de l’expérience ou de problématiques communs.
Peut-on opposer l’éthique du care à la philosophie du “développement personnel” ?
Non. Je ne crois pas qu’il y ait une opposition nette. L’éthique du care met l’accent sur les émotions
qui sous-tendent le moi et les relations ; la psychologie positive en appelle à l’altruisme. Mais c’est
toujours dans une épistémologie individuelle, individualiste et hédoniste (maximiser le plaisir). Ce
qui est opposé à la psychologie positive, c’est une vision politique du lien social.
Dans vos précédents ouvrages, vous aviez déjà montré que la sexualité pouvait être contraignante
parce qu’elle est devenue une norme et une source de valeur de notre époque. D’où vient cette volonté de combattre les nouveaux systèmes oppressifs ?
Elle vient de mon expérience sociale de femme, du sentiment qu’il y a de la domination dans les relations amoureuses, que le désir est étroitement imbriqué au pouvoir ou à la soumission de l’autre.
Happycratie – Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies (Premier Parallèle),
écrit avec Edgar Cabanas, traduit de l’anglais par Frédéric Joly, 260 p., 21 €


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