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ARCHÉOLOGIE – PRÉHISTOIRE
______________________________

Quelques réflexions inspirées par le livre de René Benjamin
« Glozel, vallon des morts et des savants »
par Ch. Carcauzon
En matière d'archéologie préhistorique les impostures sont légion et les
erreurs commises, par de soi-disant spécialistes devenus la proie d'habiles
faussaires ou simplement victimes de leur incompétence (voir plus bas l'Affaire
Cosquer) ou d'emballements prématurés s'avèrent tout aussi nombreuses. Un
couple de paléolithiciens qui a depuis conquis une gloire planétaire a bien failli, il y
a une trentaine d'années se faire abuser, n'eût été la vigilance de leur « patron » le
célèbre André Leroi-Gourhan, par un talentueux artiste qui avait durant la guerre,
orné, de peintures et de gravures animalières les parois d'une grotte du Sarladais.
Une seconde tentative de falsification fut déjouée plus récemment dans la région de
Plazac au sud-est de Montignac. Désireux de l'ouvrir aux touristes le propriétaire
d'une grotte sépulcrale de l'âge du Bronze entreprit d'en renforcer l'attractivité en
la dotant d'un décor attribuable aux chasseurs-cueilleurs magdaléniens. La
supercherie, heureusement pour la réputation de certains, devait être assez vite
établie. (1)
La leçon fut profitable puisque quelques années plus tard Brigitte et Gilles
Delluc, avec Denis Vialou, contestèrent âprement, comme, de son côté, le signataire
de ces lignes et pour des raisons identiques (tenant au traitement des œuvres
pariétales et à leur troublante diversité stylistique comme à l'impossibilité manifeste
pour certaines d'entre-elles d'avoir résisté à l'érosion marine) l'authenticité des
figurations de la grotte dite Cosquer. (2)
Sans doute aussi tordirent-ils le nez lorsque des scientifiques trop empressés
sûrement d'ajouter une gloire bien inutile à la fabuleuse grotte de Pont d'Arc plus
connue sous l'appellation de Grotte Chauvet, du nom de son immodeste inventeur,
rapportèrent à la période aurignacienne d'exceptionnelles peintures mises au jour
dans cette caverne ardéchoise… Leur datation aventureuse, 31 000 ans avant le
présent (soit 1950 par convention), bouleverse de fond en comble toutes les
connaissances acquises depuis un siècle à partir de centaines de sites et qu'on
pouvaient légitimement estimer valides. Aujourd'hui il paraît que non et qu'une
hirondelle est habilitée à faire le printemps ! Et pourtant les attributions
chronologiques et stylistiques sont têtues qui sont fondées sur des investigations le
plus souvent irréprochables : à ce compte-là, et à l'aune de la stupéfiante modernité
de l'art de Pont d'Arc, les mammouths de Jovelle, possiblement inter gravettosolutréens ou aurignaciens, pourraient fort bien s'avérer moustériens et
revendiquer l'âge canonique de 40 000 ans au moins ! On verra bien lors de la
fouille de ce site majeur du Périgord Blanc si le carbone 14 rend ce verdict. Dans
une telle occurrence… c'est l'intégralité des manuels spécialisés qu'il faudra
réimprimer ! Même si un tel coup de pouce s'avère d'une grande utilité économique
pour le secteur de l'édition on n'en est pas encore là et pour adhérer totalement à

cette chronologie revisitée, encore faudra-t-il qu'elle puisse être confirmée par de
nouvelles découvertes donnant lieu à des résultats similaires ou par une reprise
systématique des opérations de datation des sites emblématiques de l'art pariétal
paléolithique.
Que restera-t-il, dans un siècle de toutes ces belles certitudes transitoires ? Peu
de chose certainement car il est bien connu qu'une hypothèse chasse l'autre qui
revient illico au galop. C'est ainsi qu'après avoir été voué aux gémonies le
décryptage chamanique de l'art préhistorique reprend du poil de la bête au
détriment d'un déchiffrage structuraliste passé de mode (et de vie à trépas dirait
Lévi-Strauss) et qu'à coup sûr il se trouvera des préhistoriens pour revisiter les
théories de l'art pour l'art ou d'un art utilitaire propitiatoire et cynégétique tout à
la fois ! On est en droit, également, de penser que techniques et méthodologies
évoluant, celles ci sont exposées en permanence à des corrections déchirantes
remettant en cause les vérités d'hier au profit de celles d'aujourd'hui et de demain
qui, éventuellement s'aligneront de nouveau sur celles d'avant hier.
Puisqu'on en est arrivé à la faveur de cette argumentation jusqu'à une époque
fleurant encore bon la naphtaline, la fleur d'oranger et le sulfite de sodium
(3), évoquons l'homérique Affaire Glozel qui depuis 1924 continue de susciter
d'ardentes controverses entre sectateurs et pourfendeurs d'un site qui doit sa
renommée internationale à une tentative de révisionnisme archéologique sans
précédent : attester l'origine occidentale de l'écriture et ce dès la fin de la période
magdalénienne !
Découvert, à une trentaine de kilomètres de Vichy en 1924 par le jeune (17 ans
à l'époque) agriculteur Émile Fradin, le « champ des morts » de Glozel demeure,
non pas une énigme mais bien la plus phénoménale et talentueuse tentative de
falsification archéologique réalisée à partir d'incontestables vestiges enfouis in situ
à diverses époques (du mobilier incontestablement laténien, gallo-romain et médiéval a
été mis au jour) et « truffés » d'artefacts modernes d'apparence paléolithique et
néolithique introduits à des fins médiatiques voire commerciales. C'est surtout
l'exhumation de tablettes d'argile portant des inscriptions dont les lettres évoquent
l'alphabet phénicien qui attisa des flambées de passion et de haine dans le petit
monde de l'archéologie. On peut comprendre ces réactions tant l'hypothèse de
l'usage de l'écriture il y a 10 000 ans paraissait extravagante !
Excités comme des puces en manque, depuis plusieurs mois, de chiens galeux,
les scientifiques d'alors se ruèrent sur ce bout du monde situé en pleine campagne
bourbonnaise. Rares furent ceux qui remirent d'emblée, en doute l'authenticité des
trouvailles initiales du jeune paysan et de son mécène le Dr Morlet, un passionné du
cru amateur de vieilles pierres et d'antiques vestiges qui s'employait depuis lors à
fouiller le site.
Au début il en fut de même pour le Périgourdin Denis Peyrony venu sur place
en 1927. Étoile montante de la galaxie archéolithique mais nonobstant pilleur de
gisements émérite et revendeur quasi patenté de pierres taillées, gravées ou
sculptées au profit de riches musées étrangers, l'ex instituteur des Eyzies après
avoir rattaché certaines des découvertes qu'il fit à Glozel au paléolithique final
(alors pourtant qu'aucun de ses prédécesseurs ne s'était hasardé à proposer une
telle datation), retourna subitement sa veste en reniant ses déclarations initiales.
Entre-temps le Ministère de l'Instruction publique l'avait chargé de faire respecter
les dispositions d'une procédure de classement provisoire de Glozel et de dresser
l'inventaire des collections et surveiller toutes les fouilles entreprises. Ceci explique,
sans doute, cela. À cette occasion beaucoup déplorèrent sa malhonnêteté

intellectuelle et ses menées arrivistes peut-être liées à son appartenance à la francmaçonnerie ! (4)
Le préhistorien vézèrien ne fut pas le seul, loin de là, à se discréditer dans cette
Affaire. Breuil, Capitan et quantité d'autres maculèrent de la boue de l'Allier et de
son « champ des morts » leur réputation parfois usurpée ! Au fil du temps les
affrontements de plus en plus sordides et haineux entre « Glozéliens » et « AntiGlozéliens » tournèrent de la farce au sordide voire au tragique et furent ponctués
d'assignations devant les tribunaux aux chefs de diffamations, menaces et voies de
faits.
Ces querelles de scientifiques obsédés par leur ego et leur plan de carrière
eurent, un temps, un observateur aussi perspicace que narquois : le lauréat du Prix
Goncourt 1915 René Benjamin, l'auteur de « Gaspard ». En avril 1928 ce
chroniqueur et écrivain à la plume acerbe assiste durant 3 jours, pour le compte du
journal « La liberté » aux recherches des membres accrédités d'une «N me
commission (chargée) de fouiller de nouveau, et de décider enfin- cette fois en
dernier ressort »
Son reportage, publié in extenso par la suite aux éditions Arthème Fayard en
juin de la même année, sous le titre « Glozel, vallon des morts et des savants » est un
chef d'œuvre d'impertinence ; un de ceux que la presse contemporaine destinerait
sans états d'âme à la corbeille.
Il faut dire que Benjamin était un redoutable polémiste. Son talent avait
trouvé à s'employer dans d'autres titres auxquels il collaborait et parmi eux
« L'Action Française » de Charles Maurras. De telles accointances auraient pu, à la
« Libération » (sic) lui valoir douze balles dans la peau ; il fut, heureusement pour
lui, simplement « inquiété » mais néanmoins « épuré » par les Goncourt en 1944 et,
pour finir, totalement ostracisé par les auteurs de la majorité des dictionnaires de
littérature française publiés depuis un demi-siècle! (nous en possédons beaucoup)
Reste que son bouquin, pour critique, voire acide, qu'il soit (5) sur cet épisode
d'un interminable drame Glozélien, a été salué, par le truchement du secrétaire de
séance, du vibrant hommage de la SPF ( Société préhistorique de France Bulletin
1928 vol 25 N°7-8 pp 314-316).
« Nous recommandons vivement à nos collègues la lecture de ce livre, très
amusant… Le spirituel écrivain qui a assisté à la visite à Glozel, du Comité
d'Études en avril 1928 nous fait un fort amusant tableau des savants qui ont fouillé
et des savants qui assistaient à des fouilles sans songer à y prendre part. C'est un
reportage plein d'esprit, pris sur le vif et qui intéressera certainement tous ceux qui
suivent l'Affaire et qui connaissent les personnages qui y sont mêlés. »
Le scribe aurait pu, citer en conclusion, ces quelques lignes de l'auteur qui
résument parfaitement la problématique glozélienne « Glozel est le cimetière
incontestable et gallo-romain d'un sanctuaire indubitablement néo-paléolithique,
auquel, précédemment, un magicien de l'époque du renne a sans doute ajouté un
alphabet occidental, d'où sont nés à coup sûr les alphabets de l'Orient. »
Tant de clarté nous éblouit !
« Benjamin René : Glozel, vallon des morts et des savants. In 12, demi-reliure
dos percaline 251 pp. Premier tirage, Fayard 1928. »
Ch. C le 8/11/2009

(1) Spéléo-Dordogne, la revue trimestrielle du Spéléo-club de Périgueux, a rendu compte
en son temps de ces savoureuses anecdotes qui relèvent désormais de l'épistémologie.
(2) Hormis Jean Clottes il n'y a plus guère aujourd'hui de préhistoriens sérieux pour se
repaître de cette couleuvre due au talent de quelques comparses d'un plongeur émérite qui, par le
passé, avait eu maille à partir avec les archéologues sub-aquatiques opérant sur son terrain de
jeu. L'élévation prévisible du niveau de la méditerranée, qui ennoiera le pseudo sanctuaire,
devrait d'ici peu éviter au crédule savant la déconvenue d'une remise en cause future de son
jugement.
(3) Le sulfite de sodium est un sel de formule brute Na 2SO3 utilisé comme agent de
conservation en photographie (argentique cela va sans dire !)
(4) Serge Maury, l'actuel archéologue départemental de la Dordogne tresse des lauriers à
Peyrony dans une inoubliable contribution au Guide Dordogne Périgord de Fanlac (p. 185)
titrée de manière vindicative « Ceux qui ont réellement marqué la préhistoire en Dordogne »
Ignorait-il au moment où il rendait sa copie, en 1996, les nombreuses casseroles tintamaresques
que se traînait un personnage dont la probité morale et intellectuelle résisterait mal au droit
d'inventaire.(Affaire de l'Abri du Poisson, commerce illicite d'objets archéologiques, allégeance
au pouvoir étatique à des fins personnelles) Lire notre article PEYRONY – HAUSER :
L'HÔPITAL QUI SE FOUT DE LA CHARITE !
(5) L'archéologue Salomon Reinach y est ,entre autres, brocardé sans retenue « Comment
le dépeindre ? Il ne semble pas, le cher homme, qu'il ait même entrevu la Terre Promise, enfin
elle ne se reflète pas sur son visage, où se lit seulement l'extrême fatigue d'une très vieille
race… Reinach s'assied et sourit, de son merveilleux sourire chargé d'hérédités, d'une laideur si
puissante qu'on y lit des douleurs, des meurtres, des pardons, des gémissements, des sacrifices,
des consentements, une foule d'épreuves subies ou imposées. C'est l'Histoire Sainte entière… »
Passant du particulier au collectif. Benjamin nous fait quelques pages plus loin une admirable
présentation du savant aréopage qu'il est en charge de portraiturer. Aujourd'hui à l'occasion du
moindre colloque du PIP il pourrait, évoquant les participants, recycler son texte qui n'a pas pris
une ride ! « Ce sont de très, très braves gens, mais de très, très petites gens, des artisans de la
Science, des spécialistes, des maniaques. Ils ont déjà de la difficulté à dire si un galet est grand
ou petit, blanc ou noir, gravé ou non. Déjà là-dessus ils hésitent, ils branlent, ils tremblent ; mais
enfin ils se prononcent quelques fois…. On confond savants avec hommes supérieurs : il peut y
avoir entre ces deux états un rapport de hasard… »
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