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graffiti triple enceinte ste acquitière carnets d r 2019 .pdf



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Les carnets

naturalistes
de Vendoire

Didier Raymond

Graffiti – ésotérisme – art populaire
Une figure de Triple enceinte
à Sainte-Acquitière ?
commune de Chadurie (Charente)
et autres graffiti à Gurat, Mainzac (Charente), Allemans,
Champagne-et-Fontaines et Vendoire (Dordogne)

Photo 1 : Triple enceinte de Ste-Acquitière commune de Chadurie (Charente)
(phot. D. Raymond mars 2019).

Étudier l’Histoire naturelle ne se limite pas à l’observation de la faune, de la flore
ou des minéraux. D’ailleurs, les géologues ne s’y sont pas trompés en incluant les
activités humaines du passé dans leur large champ d’investigation. Celles-ci clôturent
souvent les notices des cartes géologiques et, à l’évidence, elles sont une des
composantes de l’histoire de la terre dont on ne peut se départir. Si on veut connaître

rapidement la nature des roches d’une région, il n’y a pas de meilleure approche que
l’examen attentif des pierres ayant servi à la construction des plus vénérables édifices.
Dans la géographie romane ce sont surtout les églises, même modestes, qui fournissent le
catalogue d’échantillons de roches présentes dans le sous sol autour d’elles. Et puis, le
curieux de Nature n’est-il pas curieux par nature ? C’est ainsi qu’en visitant une brocante
de village, toisant une grosse pierre taillée qui fait office de banc, mon regard s’est porté
sur un « signe » gravé qui ne m’était pas inconnu.
Je ne manque jamais une occasion de faire le tour d’un vieux bâtiment surtout si
celui-ci a eu une vocation religieuse. Les murs extérieurs des églises romanes,
notamment, ont très souvent servi de supports à des graffiti divers, souvent modernes,
quelquefois anciens, dont certains méritent l’attention. On rencontre fréquemment sur les
portails des églises, aux angles des murs, au niveau des contreforts, dans les embrasures
des baies ou dans des endroits comme la proximité d’un enfeu, des « signes » mystérieux
souvent faits de tracés géométriques plus ou moins complexes, de sortes de
monogrammes non identifiables etc. Il en existe en Saintonge, en Angoumois ou en
Périgord indifféremment. Je cite ces trois régions parce que ce sont celles que je connais,
mais en réalité cela concerne toute la France et même l’Europe entière. Ces signes
quelquefois discrets sont autant de jalons disséminés à travers notre géographie, tant par
leur parenté historique et culturelle que stylistique.
La figure géométrique mystérieuse dont il est question ici pourrait faire penser à
un cadran solaire mais n’en est pas un. Elle est gravée sur une grosse pierre taillée plus
ou moins parallélépipédique qui pourrait provenir d’un cimetière médiéval alentour. Les
dimensions et la forme générale en trapèze allongé évoquent, en effet, un couvercle de
sarcophage (ou une pierre tombale). Le monolithe mesure près de 2 mètres de long
(197cm), 56cm à l’extrémité la plus large et environ 46cm à l’autre extrémité qui
comporte un manque (photos 3, 4). L’épaisseur moyenne est d’environ 30cm. La roche
qui compose la pierre est un calcaire blanc crayeux du Crétacé. La gravure inscrite dans
un rectangle de 21cm x 19cm, manifestement orientée dans le sens de la longueur du
monolithe, a dû être assez profonde car en dépit de la corrosion du calcaire et des
surcharges des lichens elle est encore aisément identifiable en lumière du jour (photos 1,
2). Cette dernière est localisée à 5cm en bordure d’une arête et à peu prés au centre, à
85cm du bout le plus large et 92cm de l’extrémité la plus étroite. Il s’agit très
vraisemblablement d’une représentation appelée « Triple enceinte » dans la littérature
spécialisée. Je la connaissais pour l’avoir déjà vue dans un dictionnaire des sociétés
secrètes mais sous une forme légèrement différente (MARIEL 1971).
La Triple enceinte idéale et schématique est formée de trois carrés concentriques
reliés entre eux par quatre droites médianes formant une croix interrompue au niveau du
carré central (figure 1 ci-dessous). Il existe des exemples, notamment dans le massif de
Fontainebleau, de droites recoupant le carré central sans se rejoindre, de droites partant
de l’extérieur du grand carré etc. Dans l’exemple de Sainte-Acquitière les diagonales
sont présentes mais ne vont pas jusqu’au centre, comme les autres droites elles viennent
buter contre le plus petit carré. De nombreux auteurs ont souligné que cette configuration
pouvait se retrouver dans des tracés de charpentes ou dans les plans de cathédrales,
notamment le carré du transept, et la possibilité d’un schéma mnémotechnique à usage
géométrique ayant eu d’autre part une fonction de marque de métier (corporation) et
d’initiation… a été avancé. C’est une interprétation probante. Rappelons que Transept
signifie au-delà de l’enceinte, de l’enclos, du lat. trans, au-delà et saeptrum, enclos,
clôture. Un jeu sémantique a pu exister pour mémoriser tout en voilant les différents sens

ésotériques de la figure. Mais comme le rappelait Serge Ramond, la Triple enceinte a
aussi été la représentation d’un jeu très en vogue (jeu de Nine Men's Morris qui connu
son apogée au XIVe siècle. Ex jeu de marelle) (RAMOND 1981). Ce type de jeu fait
partie des « marelles », au nombre de 5 dans le Nouveau Larousse Universel édition de
1948, la marelle ordinaire (celle à laquelle jouaient les enfants dans les cours d’écoles ou
dans la rue), la marelle des jours, la marelle assise « simple » qui consiste en un carré
comportant 2 diagonales et 2 médianes et la marelle assise « triple », comportant trois
carrés concentriques 2 diagonales et 2 médianes se rejoignant au centre. Comme le
rappelait également Jean Abélanet, la plupart des thèmes des figurations schématiques
linéaires viennent du fond des âges et l’art populaire se les est souvent appropriés dans
un but prophylactique perpétuant ainsi les anciennes croyances (ABÉLANET 1987). On
peut retrouver aujourd’hui encore dans nos campagnes des survivances de pratiques
propitiatoires basées sur des graffiti, des expressions verbales, des assemblages d’objets
etc. La sorcellerie même n’appartient pas qu’au passé dans nos contrées.

D’après Pierre MARIEL, 1971.

La position topographique de la figure peut ne pas avoir d’explication autre qu’un
simple concours de circonstance. Cependant le fait qu’elle soit localisée en bordure du
monolithe, à peu près au centre et « à main gauche » si on considère la disposition du
défunt dans la cuve supposée, peut plaider dans le sens d’un choix délibéré. En Occident
la gauche a plutôt une connotation négative, mais dans le monde profane et dans les
cérémonies militaires, le geste de « passer l’arme à gauche », qui a donné l’expression
imagée du langage courant, est une marque de respect et de deuil. De même que le côté
gauche est aussi celui du coeur… L’ornementation des portails des églises et des
cathédrales, des enluminures…, est très codifiée et si le Christ bénit de la main droite,
par exemple, il tient généralement le Livre scellé de la main gauche...
Dans les représentations des Triples enceintes pétroglyphes, sur les murs des
édifices sacrés et profanes, les parois des abris sous roche et des grottes (le Massif de
Fontainebleau en comprend pas moins de 80 inventoriées), les polygones sont rarement
réguliers et quelques autres caractères « atypiques » peuvent exister. Cela tient souvent à
la nature du support rocheux mais également au fait qu’il ne s’agit pas de démonstrations
savantes mais bien de représentations, dans le sens de schéma ou de symbole. Il existe
des variantes d’exécution, des rectangles irréguliers, la présence de diagonales, des

droites qui recoupent le carré extérieur ou le carré central etc. L’exemple de SainteAcquitière diffère du prototype par l’adjonction précisément de diagonales interrompues.
Le principe de la Triple enceinte n’en est pas moins respecté, emboîtement de 3 carrés et
le carré central symbolisant la dernière enceinte, le domaine sacré, le Saint des Saints, on
devrait même dire le « ceint des ceints »... n’est pas recoupé par les droites.
Je ne citerai qu’une étude relative à la figure de la Triple enceinte qui est par
ailleurs consultable sur internet. Il s’agit d’un travail très intéressant, abondamment
documenté et qui me semble suffisamment impartial au regard de l’amphigouri que sont
les études consacrées à l’ésotérisme en général. L’auteur, Hervé Poidevin, a repris
l’historique des recherches sur ce sujet puis a exploré les différentes théories en
apportant à chacune d’elles une contradiction étayée par des travaux objectifs. Je fais
miennes certaines propositions sur la signification possible de ces singuliers graffiti,
notamment la très forte probabilité d’une origine corporative remontant au Moyen Âge
pour les plus anciens documents étudiés. La Triple enceinte comme représentation
graphique n’est somme toute pas si répandue au regard de la multitude d’autres figures
du corpus des graffiti. Cette relative rareté peut lui autoriser une fonction relativement
complexe. Pour avoir une idée plus précise de ce sujet de recherche je renvoie le lecteur
au blog de Hervé Poidevin dont les liens sont plus bas dans la partie « Sites, blogs et
documents ».

Photo 2 : Détail de la photo 1, une cupule (naturelle ?) est visible au centre,
Triple enceinte de Ste-Acquitière commune de Chadurie (Charente)
(phot. D. Raymond mars 2019).

Photo 3 : Banc monolithe, Ste-Acquitière commune de Chadurie (Charente)
(phot. D. Raymond mars 2019).

Photo 4 : Banc monolithe, autre vue, Ste-Acquitière commune de Chadurie
(Charente) (phot. D. Raymond mars 2019).

Graffiti de Gurat (Charente)

Photo 5 : Graffiti de l’église de Gurat (Charente) (phot. D. Raymond mars 2019).

Photo 6 : Graffiti de l’église de Gurat (Charente), détail de la photo5
(phot. D. Raymond mars 2019).

Photo 7 : Graffiti de l’église de Gurat (Charente), autre détail
(phot. D. Raymond mars 2019).

Photos 5, 6, 7, 8 - Sur la partie Sud du portail de l’église de Gurat, à hauteur des
yeux et sur une pierre de taille rejoignant l’angle du mur gouttereau, on peut encore
observer les vestiges de deux graffiti anciens. Les surfaces de la plupart des pierres les
plus vieilles de cette église, dont les façades ont récemment été restaurées, ont perdu leur
calcin protecteur (COLLECTIF 1973), seules quelques-unes du mur gouttereau Nord en
possèdent encore de larges plages. Le caractère fantomatique des graffiti photographiés
tient pour une grande part à cet état de fait. Sur la pierre qui a servi de support on peut
encore voir des petits lambeaux de calcin. Il s’agit de gravures, une petite et une grande,
composées de deux lignes verticales et surmontées chacune d’un losange, la ligne
verticale s’arrêtant à l’angle supérieur des losanges. Cette sorte de hampe ne devait pas
se prolonger vers le bas au-delà de sa limite visible aujourd’hui, un joint de mortier
interrompant la surface rocheuse. Dans la partie supérieure le tracé s’arrête à l’angle des
losanges comme vu plus haut. Bien que n’ayant rien trouvé de semblable dans les corpus
de graffiti de ce domaine d’étude (graffiti autour du XX e siècle), elles évoquent certaines
gravures schématiques linéaires plus anciennes, comme les signes en « phi »
(ABÉLANET 1987). On peut aussi y voir des feuilles schématisées... Existait-il d’autres
traits qui ont disparus, en relation ou au voisinage des deux figures qui aurait peut-être
aidés à leur identification ?

Photo 8 : Graffiti de l’église de Gurat (Charente), autre cadrage
(phot. D. Raymond mars 2019).

Graffiti de Mainzac (Charente)

Photo 9 : Signe en monogramme de l’église de Mainzac (Charente)
(phot. D. Raymond oct. 2010).

Photo 10 : Signe en « sablier » de l’église de Mainzac (Charente)
(phot. D. Raymond oct. 2010).

Photos 9, 10 : Le signe en monogramme de la photo 9 est gravé avec soin et en
profondeur sur une pierre d’un contrefort du mur Sud. Les extrémités sont cunéiformes
ce qui pourrait permettre une datation approximative (XVIIIe siècle ?), un point fait d’un
trou suit la première figure à droite. On peut sans doute y lire les initiales L. D. La photo
10 située en hauteur sur un contrefort du mur Nord représente deux triangles barrés
chacun de deux lignes horizontales et reliés par la pointe, évoquant un « sablier ». La
figure est divisée en son centre par une ligne horizontale (voir la photo de l’église
d’Allemans).

Graffiti de Champagne-et-Fontaines (Dordogne)

Photo 11 : Plages de points en cupules de l’église de Fontaines,
Champagne-et-Fontaines (Dordogne) (phot. D. Raymond oct. 2007).

Photos 12 : Gros plan de la photo 11. (phot. D. Raymond oct. 2007).

Photos 12bis : Schéma de lecture possible de la photo 12. Calendrier ?
(phot. D. Raymond oct. 2007).

Photo 13 : Plages de points en cupules de l’église de Fontaines,
Champagne-et-Fontaines (Dordogne) (phot. D. Raymond oct. 2007).

Photo 14 : Plages de points en cupules de l’église de Fontaines, hauteur environ
10cm, Champagne-et-Fontaines (Dordogne) (phot. D. Raymond oct. 2007).

Photo 15 : Plages de points en cupules de l’église de Fontaines,
Champagne-et-Fontaines (Dordogne) (phot. D. Raymond oct. 2007).

Photo 16 : Monogramme très altéré, portail renaissance de l’église de Fontaines,
Champagne-et-Fontaines (Dordogne) (phot. D. Raymond avril 2019).

Photos 11, 12, 12bis 13, 14, 15, 16 : Plages de cupules de l’église de Fontaines.
La petite église de Fontaines présente en plusieurs endroits sur ses pierres des petites

plages de cupules assez singulières. Tout d’abord sur le côté Sud d’un imposant
contrefort fait d’un calcaire dur qui s’appuie contre le portail, côté Nord, un groupe de
petites cupules qui paraissent anciennes (mais nécessairement postérieures à l’édification
du contrefort dont je ne connais pas la date) pourraient représenter un calendrier associé
à une constellation. L’ensemble mesure environ 6cm de haut sur 18cm de long (photos
11, 12, 12bis). Un groupe de 35 petites cupules (5 x 7 rangées) est suivi sur sa droite par
7 cupules plus grosses. D’autre part, la première cupule de la 5 ème rangée des 35 petites a
en gros les mêmes proportions que les 7 grosses. De plus cette 5 ème rangée est alignée
avec la deuxième rangée de grosses cupules ce qui donne à l’ensemble la forme d’une
constellation (qui pourrait faire penser à la grande ou à la petite ours). Si on multiplie par
10 la série de 35 on obtient 350 (jusque là pas d’erreur !). Ensuite si on compte 2 pour
chacune des grosses cupules situées à droite on obtient 14 (c’est logique !). 350 plus 14
font 364 (c’est juste !). Comme la première cupule de la 5 ème rangée des 35 petites a déjà
été comptée pour 1 (x 10) elle vaut encore 1 étant plus grosse. 364 + 1 = 365, ce qui ne
manque pas d’intriguer (y compris le raisonnement, j’en conviens !). Le mur Sud compte
lui aussi dans sa partie basse d’autres nappes de cupules dont une, qui est dans un
calcaire crayeux, a, de toute évidence, été reprise à l’aide d’une pointe métallique pour
élargir des trous (photo 13). Les nappes de cupules du calcaire dur dans cette zone font
penser à des cupules de corrosion dues à la présence de petits mollusques fossiles
perforants, mais leur regroupement en nappes serrées et régulières tranche avec les
cupules disparates présentes ailleurs. D’autre part, comme on le verra plus loin à l’église
d’Allemans certaines gravures indubitables ont un degré d’altération au moins équivalent
(photos 14, 15). Sur une pierre très dégradé du portail renaissance, dans sa moitié Sud,
on distingue le vestige d’un monogramme sculpté difficile à déchiffrer (photo 16).
L’emploi du terme « cupule » ne correspond sans doute pas tout à fait à la réalité dans
l’exemple de Fontaines, les cupules ayant la forme de petites coupes. Ici on a plutôt à
faire à des petits trous fait à la pointe métallique. Ou peut-être quelquefois des cupules
naturelles qui ont été élargies et approfondies.

Graffiti de Vendoire (Dordogne)

Photo 17 : Figure gravée évoquant une empreinte de pas, église de
Vendoire (Dordogne) (phot. D. Raymond fév. 2016).

Photo 18 : Autre figure gravée évoquant une empreinte de pas, église
de Vendoire (Dordogne) (phot. D. Raymond août 2007).

Photo 19 : Écriture cursive, église de Vendoire (Dordogne)
(phot. D. Raymond avril 2019).

Photo 20 : Lettre m, église de Vendoire (Dordogne) (phot. D. Raymond avril 2019).

Photo 21 : Croix grecque récente, église de Vendoire (Dordogne)
(phot. D. Raymond avril 2019).

Photo 22 : Hexagramme, compas… église de Vendoire (Dordogne)
(phot. D. Raymond mai 2015).

Photo 23 : Lettres gravées, église de Vendoire (Dordogne)
(phot. D. Raymond mai 2015).

Photos 17 à 23 : Au niveau du portail de l’église de Vendoire on peut encore lire
deux grands graffiti. La troisième colonnette côté Nord présente dans sa partie haute une
gravure estompée en raison de l’altération de la pierre calcaire (photo 17) (RAYMOND
2016e). Il s’agit d’une figure évoquant une empreinte de pas comme on en rencontre sur
nombre d’églises (St. Martial-Viveyroles non loin de Vendoire, aussi à Domme...). ce
thème est sans doute en relation avec Compostelle… La dissymétrie de l’extrémité
supérieure indiquerait un pied gauche. Une gravure identique se trouve en regard,
également sur la troisième colonnette, mais du côté Sud, elle est plus nette sûrement en
raison de la protection d’un calcin épais à cet endroit. La gravure est vigoureuse et doit
être ancienne (photo 18) (RAYMOND 2016e). Ces deux gravures identiques dans leur
forme ont été placées selon toute vraisemblance délibérément là où elles sont. L’angle
Nord du portail comporte quant à lui des inscriptions beaucoup plus récentes puisque
cette partie a été restaurée au début du XX e siècle. Il s’agit d’une écriture cursive (un
nom ?) difficile à déchiffrer, et de la lettre « m » scolaire qui pourrait éventuellement
symboliser les arcatures du portail (photos 19, 20). Dans le même angle, mais du côté
mur Sud, une croix grecque a récemment été gravée à l’aide d’un burin, elle a son
pendant à l’angle Nord (photo 21). Il s’agit là d’un exemple de survivance de pratiques
séculaires. Pour trouver d’autres graffiti il faut se rendre au niveau du bras Nord du
transept. La partie basse du mur Ouest, inclut une pierre crayeuse de réemploi, en partie
noyée dans l’angle, sur laquelle est gravée une figure géométrique originale (photo 22).
« Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », était l’avertissement inscrit au fronton de
l’académie de Platon, et toute l’architecture sacrée occidentale est basée sur les nombres
(Pythagore) et leur expression la plus élevée à l’époque, la Géométrie. De plus toute la

pensée médiévale raisonne par analogie entre le monde d’en haut et le monde d’en bas,
cosmologie et cosmogonie, le microcosme et la macrocosme, aussi, les nombres euxmêmes sont des êtres ou des entités sacrées, et les formes avec eux. La doctrine mystique
des triangles ne se remarque pas directement dans l’ornementation et l’architecture
religieuses, mais elle est sous-tendue par les principes géométriques de construction et
les angles droits. Même si le signe dont il est question ici n’est pas d’une haute antiquité,
il s’inscrit dans cette continuité. Ce signe, d’environ 10cm de haut, consiste en en
triangle équilatéral divisé par 3 droites partant des angles et passant par le centre
(orthocentre), déterminant ainsi 6 petits triangles rectangles. L’ensemble est enfermé
dans un deuxième triangle équilatéral concentrique au premier (photo 22). La pierre,
elle-même plus ou moins triangulaire, a été disposée de façon à ce que la gravure ait une
pointe orientée vers le Nord. On y voit difficilement le fait du hasard, d’autant qu’elle ne
fait partie du mur. Sans le triangle, les 3 droites sécantes représentent ce qu’il est
convenu d’appeler un « hexagramme » ou un « chrisme ». La figure fonctionne comme
un « germe » (embryon) qui peut être développé en prolongeant les droites et permettre
la construction de volumes comme le cube etc., ou de surfaces comme le sceau de
Salomon… C’est une sorte d’abrégé géométrique et un énoncé figuré de la division des
éléments, « atomes », par la forme géométrique la plus élémentaire qu’est le triangle. On
pense aux énoncés figurés des Chinois avec le Théorème de Pythagore (GRANET 1934,
KELLER 2006). Signe mystique, signe compagnonnique, compas symbolique, peu
importe, le signe est là où il devait être. Les derniers graffiti vus à Vendoire se trouvent
immédiatement après sur une pierre orientée à l’Est (pléonasme) de la petite baie du
transept Sud. On peut y lire essentiellement les lettres L et B dans un style calligraphique
soigné (photo 23).

Photo 24 : L’enfeu de l’église de Vendoire est inclus dans le mur gouttereau Sud à
proximité du portail (phot. D. Raymond avril 2019).

Photo 24 : Conformément à l’ésotérisme Chrétien qui puise dans de multiples
sources antiques, notamment dans l’Égypte ancienne, le défunt accompagne la course du
soleil dans son voyage vers « l’au-delà ». La personne « éventuellement » déposée dans
le sarcophage de cet enfeu devait être un personnage important pour l’Église NotreDame-de-l’Assomption de Vendoire, c’était même à coup sûr un initié. Au Moyen Âge,
les moines pénétraient dans le sanctuaire qu’est l’Église par une autre porte que le portail
Ouest (l’Occident) réservé aux défunts. Seuls les profanes, le « vulgus », empruntaient
naturellement cet accès. L’entrée « réservée » pouvait être dans la partie Nord du transept
(une petite porte), comme c’était le cas pour le Prieuré de la Chapelle-Saint-Robert
(Dordogne) (PLAZER 1981). Dans son dernier voyage l’initié refaisait le parcours
(apparent) de l’astre solaire de l’Orient vers l’Occident. Cela explique la présence des
enfeus dans les façades Sud des églises. Pour information, enfeu n’a rien à voir avec le
feu des flammes, il s’agit de l’ancien français enfoui. Mais il peut avoir une parenté avec
le mot feu qui a été remplacé par défunt, tous deux venant du lat. fatum, destin (fatalité).
Voir aussi le mot enfer du lat. infernum, infernal et enfermer, ou l’anglais in fire, en feu
etc...

Graffiti d’Allemans (Dordogne)

Photo 25 : Signe en « sablier » de l’église d’Allemans (Dordogne)
(phot. D. Raymond sept. 2007).

Photo 26 : Rosace faite au compas, église d’Allemans (Dordogne)
(phot. D. Raymond sept. 2007).

Photo 27 : Ligne de point (trous), église d’Allemans (Dordogne)
(phot. D. Raymond sept. 2007).

Photos 25, 26, 27 : Le mur Sud de l’église d’Allemans (Dordogne) comporte
quelques graffiti gravés plus ou moins anciens. La photo 25 montre une figure du même
thème que l’exemple 10 de Mainzac, beaucoup plus petit et plus estompé. Il en diffère
par l’absence de lignes horizontales à l’intérieur des triangles. L’intérêt du signe
d’Allemans tient à sa construction basée sur une trame de petits points (piquetages), 3
lignes de 3 points équidistants délimitant un carré. La trame offre la possibilité de ne pas
relier tous les points entre eux permettant ainsi une sorte d’alphabet géométrique comme
il en existait autrefois dans les marques de troupeaux par exemple (VÉZIAN 1988).
D’autre signes semblables existent certainement à proximité de celui de la photo mais il
sont à peine lisibles. Il n’est d’ailleurs pas certain que la base du triangle du bas ait été
gravée dans l’exemple illustré (?). Si tel est le cas, elle pourrait représenter un
anthropomorphe. La photo 26 montre une rosace (étoile) à 6 branches incluse dans un
cercle et surchargée d’un autre. L’ensemble a été tracé à l’aide d’un compas. La photo
27 montre une ligne verticale de points (trous) sur une pierre haute du mur Sud vers le
chevet.

Sites, blogs et documents
Études sur les graffiti médiévaux, le blog de Hervé Poidevin
http://lespierresdusonge.over-blog.com/
Les différents articles du blog repris sur academia.edu
La pierre du songe ou l’invention de la triple enceinte
http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-1807945.html
La triple enceinte comme symbole architectural 1
http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-2309530.html
La triple enceinte comme symbole architectural 2
http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-1972092.html
La triple enceinte dans la spiritualité johannites
http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-4801045.html
Les triples enceintes rupestre du massif de fontainebleau
http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-5192051.html
La pierre du songe ou l’invention de la triple enceinte (Compilation mise en ligne
sur academia.edu par Jean-Claude Mathis à partir des publications de Hervé
Poidevin ci-dessous)
https://www.academia.edu/9729646/
La_pierre_du_songe_ou_linvention_de_la_triple_enceinte
Mémoire des murs et archéologie, Musée Serge Ramond
http://memoiredesmurs.com/moulage-graffiti-oise.html
GERSAR, Groupe d’Études, de Recherches et de Sauvegarde de l’Art Rupestre
http://gersar.art.rupestre.pagesperso-orange.fr/decouvertes.htm
Églises, graffiti, ex-voto...
https://www.unregarddifférentsurlanature.com/2016/11/eglises-graffitis-ex-voto-2016084.html

Graffitimania, site consacré aux graffiti
http://graffitimania.free.fr/
Histoire(s) des graffitis
https://graffiti.monuments-nationaux.fr/

Bibliographie
ABÉLANET J., 1986 – Signes sans paroles. Cent siècles d’art rupestre en Europe
occidentale. Coll. La Mémoire du Temps. Hachette. 345 p.
ALMANACH du PÉLERIN de 1923 – Le langage des vagabonds. p. 32.
CARCAUZON Ch., 1985 – La crypte de La Tour-Blanche. Revue Archéologique Sites
n° 24 pp. 14 – 17, 5 fig., 2 photos. Reprise dans : Spéléo-Dordogne n° 90, juin 1987, pp.
4 – 7, 2 pl. h. t. et : La Sculpture Rupestre en France. S.H.A.P., 1989.
CARCAUZON Ch., 1991 – Découvertes souterraines en Périgord, Vingt ans
d'exploration, Éditions du Roc de Bourzac. 260 p.
CHEVALIER J., GHEERBRANT A., 1982 – Dictionnaire des Symboles. Collection
Bouquins. Robert-Laffont/Jupiter. 1060 p.
COLLECTIF, 1973 – 1er colloque International sur la détérioration des pierres en
œuvre. Organisé par le Centre de Recherches et d'Études Océanographiques. La
Rochelle, 11 – 16 septembre 1972, Président : V. Romanovsky, Rapporteur Général : J.P., Pauly. Éd. Les Imprimeries Réunies de Chambéry. 237 p.
COLLECTIF, 1990 – Guide illustré de l’amateur d’art. Sélection du Reader’s Digest.
110 p.
CROZET R., 1971 – L'Art roman en Saintonge. Éditions A. et J. Picard, Paris. 201 p.
DELLUC B. et G., GALINAT B., 1982 – Les gravures de la grotte de Gaussen,
commune de Beynac-et-Cazenac. Bull. Soc. Hist- et arch. Du Périgord, 109. pp. 169181.
FLOCH'C J.-P., (avec la collaboration de Ph. ROGER, E. SELLIER, J.-P. PLATEL, H.
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lien : http://sigesaqi.brgm.fr/IMG/pdf/0734n.pdf
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Dernières publications de l’auteur
RAYMOND D., 2019e – Les carnets naturalistes de Vendoire. La couleuvre n’est pas
encore avalée ! Chez l'auteur et édition numérique, 4 pages, 3 photos.
https://www.fichier-pdf.fr/2019/03/14/couleuvre-verte-et-jaune-teyjat-vendoire-carnetsd-raymond/
https://www.pdf-archive.com/2019/03/14/couleuvre-verte-et-jaune-teyjat-vendoirecarnets-d-raymond/
RAYMOND D., 2019f – Les carnets naturalistes de Vendoire. Botanique-Archéologie.
Pas de soucis dans le Verteillacois ? Une station de « Calendula arvensis », le Souci des
champs à Goût-Rossignol (Dordogne). Chez l'auteur et édition numérique, 17 pages, 6
photos.
https://www.fichier-pdf.fr/2019/03/18/calendula-arvensis-gouts-rossignol-carnets-draymond-2019/
https://www.pdf-archive.com/2019/03/18/calendula-arvensis-gouts-rossignol-carnets-draymond-2019/
Achevé à Vendoire le 5 avril 2019 – Mis en ligne sur les sites
www.fichier-pdf.fr et www.pdf-archive.com


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